Discours d’Arielle Schwab à l’occasion de la Commémoration de la Rafle du Vel d’Hiv’

Discours d’Arielle Schwab, Présidente de l’UEJF,

à l’occasion de la Commémoration de la Rafle du Vel d’Hiv’

et de « la Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes des crimes racistes et antisémites de l’Etat français et d’hommage aux Juste de France »,

le dimanche 18 juillet 2010 au Square de la Place des Martyrs Juifs du Vélodrome d’Hiver.

 » Huguette 10 ans et Micheline sa petite sœur, cachées en zone libre avec leurs parents, traversent les champs, la nuit, pour dormir chez leur institutrice et échapper aux rafles. Elles ont tellement peur mais il ne faut pas le dire.

Cette traversée des champs, racontée par ma grand-mère a jalonné mon enfance, et habité mes nuits.

Il fallait protéger mes frères et soeurs, je n’y arrivais pas toujours. Au petit matin je me réveillais haletante, à Paris.

Qui saurait nous protéger ?


Je suis issue d’une famille alsacienne.

Comme souvent en Alsace on précise : petite fille d’enfants cachés, comme si le fait d’avoir échappé à cette déportation ne faisait pas de ces enfants des rescapés.

J’ai grandit avec les écrits et récits, familiaux ou plus lointains, de ce qu’était cette traque, la stigmatisation des Juifs, les rafles, la déportation et la mort qui s’en suivait pour eux. Ce à quoi ils ont en partie échappé et qui me permet d’être là aujourd’hui.


Peut-on transmettre des cauchemars? Curieusement oui.

Mais qu’il est difficile de partager lorsque l’on a des cauchemars à transmettre, si la menace pèse encore

Et au delà du cauchemar au-delà de la sidération, comment transmettre une mémoire, une histoire ? Plus encore, comment de cette horreur transmettre la résistance, la survie, la vie ?


C’est à l’UEJF que j’ai trouvé la réponse. Par l’action

Je l’ai compris au cours du premier projet que j’ai mené, un voyage de l’Union des étudiants juifs de France en Pologne.

Nous avions tenu à nous rendre dans le camp d’extermination de Belzec, au fin fond de la Pologne, au milieu des arbres et des habitants, au milieu de l’oubli. Il ne reste rien juste un monument très symbolique des chambres à gaz, là où le travail d’extermination a été si bien accompli que les lieux tout juste s’en souviennent qu’il n’y a plus de témoins  et peu de visiteurs.


Une fois sur place je me souviens m’être demandée :

A quoi bon y retourner si souvent, fouiller sans cesse, écouter les témoignages des rescapés ?

A quoi bon essayer de comprendre ce que l’on ne peut pas appréhender : cette volonté farouche et partagée d’extermination, l’anéantissement d’une culture et d’une histoire.


A quoi bon cette bataille pour la Mémoire ?

J’ai compris.

J’ai compris que ce moment permettait de faire autre chose de ces cauchemars.

Nous inscrire dans une autre filiation que celle de la peur : écouter les témoins pour contribuer à inscrire leur histoire; construire une mémoire engagée plutôt que pétrifiée, travailler avec l’héritage juif et français au nom de ce que nous avons subi hier, pour aujourd’hui.


Pour moi, le travail de mémoire c’est l’engagement, l’engagement contre le racisme et l’antisémitisme comme une leçon inaugurale de la Shoah, l’engagement pour le dialogue des mémoires, contre la concurrence des victimes. C’est l’engagement au quotidien dans la lutte contre les préjugés. C’est un combat sans relâche contre la folie de ceux qui veulent nier l’extermination des Juifs.


Les valeurs que l’on défend et l’espoir de les voir révélées au monde peuvent transcender les heures les plus sombres.


Nous étudiants juifs de France c’est que nous retenons et que nous inscrivons dans nos combats d’aujourd’hui. L’attachement aux valeurs juives, françaises, comme un repère pour s’engager. S’engager dans le dialogue et la possibilité de vivre ensemble même lorsque nous sommes moins nombreux à y croire, même lorsque la période justifierait de se replier sur ses certitudes et ses craintes.


La transmission de la Mémoire est une mission délicate, parfois traumatisante, entre le personnel et l’Universel.

Cette journée est importante pour les Juifs. Elle est essentielle pour l’ensemble de la communauté nationale.


Ce moment solennel est le temps ou la France se penche sur ses cauchemars, reconnaît sa responsabilité et répare. Ce n’est ni aux Juifs, ni aux Justes d’être les garants de la spécificité de cette journée, mais à la France de garder sa capacité à regarder son histoire en face.

La Shoah est un héritage bien lourd. Il n’appartient à personne et il pèse sur chacun. C’est l’Humanité qui en hérite et l’Histoire dira ce que nous avons fait de cet héritage.  »

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