{"id":1494,"date":"2014-08-08T11:31:55","date_gmt":"2014-08-08T10:31:55","guid":{"rendered":"http:\/\/uejf.org\/univsenligne\/?p=1494"},"modified":"2015-01-21T11:35:13","modified_gmt":"2015-01-21T10:35:13","slug":"juifs-de-france-pourquoi-ils-partent-en-israel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/uejf.org\/univsenligne\/2014\/08\/08\/juifs-de-france-pourquoi-ils-partent-en-israel\/","title":{"rendered":"Juifs de France : pourquoi ils partent en Isra\u00ebl"},"content":{"rendered":"<header>\n<h2 id=\"obs-article-intro\" class=\"obs-article-intro\">5.000 d\u00e9parts pr\u00e9vus cette ann\u00e9e. Ils choisissent de quitter la France pour des motifs religieux, pour fuir la mont\u00e9e de l&#8217;antis\u00e9mitisme ou pour changer de vie. Enqu\u00eate.<\/h2>\n<\/header>\n<div id=\"obs-article-mainpic\" class=\"obs-big\">\n<div id=\"ultimedia_image\"><img decoding=\"async\" class=\"obs-photo\" src=\"http:\/\/referentiel.nouvelobs.com\/file\/7595915.jpg\" alt=\"C\u00e9r\u00e9monie de remise des cartes d\u2019identit\u00e9 \u00e0 J\u00e9rusalem, le 17 juillet, au lendemain de l\u2019arriv\u00e9e des 430 Fran\u00e7ais.  (S\u00e9bastien Leban pour Le Nouvel Observateur)\" width=\"645\" \/><\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<p>C&#8217;est le huiti\u00e8me jour de leur nouvelle vie. Un message scotch\u00e9 sur la porte d&#8217;entr\u00e9e de l&#8217;appartement t\u00e9moigne de leur arriv\u00e9e r\u00e9cente dans ce quartier populaire de la banlieue de Ha\u00effa, dans le nord de l&#8217;Etat h\u00e9breu : &#8220;Bienvenue en Isra\u00ebl. Ne shikot [bisous] avec Amour !&#8221;<\/p>\n<p>Sous un ciel sans nuage, Sylvie, 42 ans, Marc, 61 ans, et leurs trois fils, Thibaud, 16 ans, Th\u00e9o, 13 ans, et Youri, 5 ans, peinent \u00e0 r\u00e9aliser qu&#8217;ils ont fait &#8220;le grand saut&#8221;, depuis leurs belles C\u00f4tes-d&#8217;Armor jusqu&#8217;aux all\u00e9es b\u00e9tonn\u00e9es de Kyriat Ha\u00efm.<\/p>\n<p>Ils ont laiss\u00e9 derri\u00e8re eux leur maison bretonne et ses 180 arbres plant\u00e9s, pour cette c\u00f4te o\u00f9 des immeubles d\u00e9glingu\u00e9s d\u00e9figurent la M\u00e9diterran\u00e9e. Eux qui ne sont pas pratiquants s&#8217;installent dans un pays religieux. Eux qui appr\u00e9cient le calme d\u00e9barquent dans un pays en guerre. La reprise des op\u00e9rations militaires \u00e0 Gaza depuis le 7 juillet dernier ne les a pourtant pas dissuad\u00e9s. Tout juste esp\u00e8rent-ils &#8220;que cela ne va pas trop se compliquer&#8221;.<\/p>\n<p>Pour le moment, ils ont choisi &#8220;le programme plage intensif&#8221; et se sentent &#8220;loin de la zone de combat&#8221;, situ\u00e9e \u00e0 150 kilom\u00e8tres. Quinze jours plus t\u00f4t, un missile du Hamas atterrissait pour la premi\u00e8re fois au large de Ha\u00effa.<\/p>\n<h5>Quand on voit les derni\u00e8res manifestations propalestiniennes en France, on se dit qu&#8217;on a bien fait de partir.&#8221;<\/h5>\n<p>&#8220;Comment ose-t- on encore contester la cr\u00e9ation d&#8217;Isra\u00ebl quand six millions de juifs sont morts pendant la guerre ?&#8221; s&#8217;agace Marc.<\/p>\n<p>&#8220;Sur Facebook, mes copains me demandent si je tiens le coup sous les roquettes&#8221;, raconte Th\u00e9o. &#8220;Ici tout va bien, je me baigne. C&#8217;est moi qui m&#8217;inqui\u00e8te pour eux, avec tout ce qui se passe en France.&#8221; C&#8217;est Thibaud, l&#8217;a\u00een\u00e9, parti l&#8217;an pass\u00e9 avec le programme Naal\u00e9 pour les jeunes juifs souhaitant terminer leurs \u00e9tudes secondaires en Isra\u00ebl, qui a ouvert la voie au reste de la famille. Tous ensemble, le 16 juillet, ils ont fait leur &#8220;alya&#8221;, litt\u00e9ralement la &#8220;mont\u00e9e&#8221; vers Isra\u00ebl, avec des centaines de coreligionnaires&#8230;<\/p>\n<h4>&#8220;On dirait l&#8217;exode !&#8221;<\/h4>\n<p>&#8220;On dirait l&#8217;exode !&#8221; Dans le hall du terminal 2A de l&#8217;a\u00e9roport Roissy-Charles-de-Gaulle, ce jour-l\u00e0, une dame blonde ne peut retenir sa surprise face \u00e0 l&#8217;immense file des familles poussant des montagnes de valises. Quelques kippas, un ou deux grands chapeaux noirs laissent peu de doutes sur l&#8217;appartenance religieuse des voyageurs. Leurs destinations sont inscrites au marqueur sur les bagages : J\u00e9rusalem, Ashdod, Netanya&#8230; C&#8217;est l&#8217;\u00e9t\u00e9, mais l&#8217;ambiance n&#8217;est pas celle, l\u00e9g\u00e8re, des vacances. La gravit\u00e9 se lit dans les regards.<\/p>\n<p>Devant le comptoir d&#8217;enregistrement du vol El Al pour Tel-Aviv, 430 Fran\u00e7ais de confession juive s&#8217;appr\u00eatent \u00e0 quitter d\u00e9finitivement leur pays. Jamais ils n&#8217;ont \u00e9t\u00e9 aussi nombreux. Avec 5.000 d\u00e9parts pr\u00e9vus pour 2014, la France repr\u00e9sente m\u00eame, pour la premi\u00e8re fois, le plus grand vivier de candidats \u00e0 l&#8217;\u00e9migration en Isra\u00ebl, devant la Russie ou les Etats-Unis, o\u00f9 la communaut\u00e9 juive est pourtant dix fois plus importante.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/referentiel.nouvelobs.com\/file\/7575842.jpg\" alt=\"A leur arriv\u00e9e \u00e0 J\u00e9rusalem, les nouveaux immigrants re\u00e7oivent leur carte d'identit\u00e9 isra\u00e9lienne. (S\u00e9batien Leban pour le Nouvel Observateur)\" width=\"600\" \/><br \/>\n<em>Les nouveaux immigrants fran\u00e7ais<br \/>\n\u00e0 leur arriv\u00e9e \u00e0 J\u00e9rusalem.<br \/>\n<\/em><em>(S\u00e9batien Leban pour le Nouvel Observateur)<\/em><\/p>\n<p>Les \u00e9chauffour\u00e9es du dimanche pr\u00e9c\u00e9dent aux abords de synagogues parisiennes, les slogans antijuifs et les drapeaux du Hamas \u00e0 la Bastille sont dans toutes les t\u00eates.<\/p>\n<h5>J&#8217;ai pris la d\u00e9cision de partir au moment des attentats de Toulouse commis par Mohamed Merah.\u00c7a a \u00e9t\u00e9 le d\u00e9clencheur, explique Eric, 45 ans, visage ferm\u00e9. La suite a confirm\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de quitter ce pays o\u00f9 les juifs se font attaquer. On nous parle de la guerre en Isra\u00ebl, mais nous, on va vers la vie !&#8221;<\/h5>\n<p>Il s&#8217;envole donc avec Ya\u00ebl, son \u00e9pouse, leur fille de 15 ans et leurs deux gar\u00e7ons, 11 et 4 ans, vers Netanya. Pl\u00e9biscit\u00e9e par les Fran\u00e7ais, la station baln\u00e9aire de 185.000 habitants est jumel\u00e9e avec Nice et Sarcelles, o\u00f9 exploseront les violences antis\u00e9mites quelques jours plus tard. Financier, Eric menait pourtant une existence privil\u00e9gi\u00e9e dans un quartier chic de la capitale.<\/p>\n<h4>&#8220;Nous sommes la g\u00e9n\u00e9ration sacrifi\u00e9e pour nos enfants&#8221;<\/h4>\n<p>Sabine, 37 ans, Benjamin, 39 ans, et leurs quatre enfants n&#8217;avaient pas cette chance. Au fil des derni\u00e8res vagues d&#8217;immigration, leur vie dans une cit\u00e9 de Pantin leur est devenue &#8220;insupportable&#8221;. &#8220;Les &#8220;Fran\u00e7ais&#8221; ont d\u00e9sert\u00e9 les immeubles, nous \u00e9tions les derniers juifs du quartier, entour\u00e9s des &#8220;voil\u00e9es&#8221;, nous nous sentions menac\u00e9s&#8221;, racontent-ils. D\u00e8s que Benjamin a trouv\u00e9 un emploi de comptable en Isra\u00ebl, ils ont engag\u00e9 les d\u00e9marches aupr\u00e8s de l&#8217;Agence juive, l&#8217;organisme paragouvernemental isra\u00e9lien charg\u00e9 de faciliter le &#8220;retour&#8221; des juifs, et qui finance le voyage.<\/p>\n<h5>L&#8217;alya, depuis deux ou trois ans, on ne parle plus que de \u00e7a dans la communaut\u00e9, affirme Sabine, qui a renonc\u00e9 \u00e0 son emploi de pr\u00e9paratrice en pharmacie. La France est notre pays, un tr\u00e8s beau pays. On sait que \u00e7a va \u00eatre dur. Il va falloir apprendre l&#8217;h\u00e9breu, s&#8217;int\u00e9grer, travailler, mais l&#8217;Etat fran\u00e7ais n&#8217;a pas fait grand- chose pour retenir les juifs qui veulent partir&#8230;&#8221;<\/h5>\n<p>&#8220;Depuis l&#8217;affaire de Toulouse, je vivais avec la peur au ventre. Nous connaissions la famille de l&#8217;un des petits tu\u00e9s. Quelle m\u00e8re peut supporter de laisser son enfant dans une \u00e9cole qui peut \u00eatre la cible d&#8217;un islamiste ? Notre avenir est en Isra\u00ebl, on y est bien mieux prot\u00e9g\u00e9. L&#8217;arm\u00e9e de Tsahal est magnifique.&#8221;<\/p>\n<p>Les yeux embu\u00e9s \u00e0 quelques secondes de la s\u00e9paration, Gislaine, la m\u00e8re de Sabine, explique : &#8220;Malgr\u00e9 le d\u00e9chirement, je les ai incit\u00e9s \u00e0 partir. Mes deux gar\u00e7ons et leurs familles suivront ma fille. Moi-m\u00eame et mon mari avons pr\u00e9vu notre propre alya pour 2015.&#8221; M\u00eame s&#8217;il y a ce qu&#8217;elle appelle pudiquement &#8220;les \u00e9v\u00e9nements&#8221; pour \u00e9voquer <a class=\"tag\" href=\"http:\/\/tempsreel.nouvelobs.com\/tag\/bande-de-gaza\">Gaza<\/a>, elle reste persuad\u00e9e qu'&#8221;ils seront mieux qu&#8217;ici&#8221;.<\/p>\n<p>Pour Odile, 48 ans, &#8220;mettre sa vie dans 33 m\u00e8tres cubes est un cr\u00e8ve-c\u0153ur. Mais nous sommes la g\u00e9n\u00e9ration sacrifi\u00e9e pour nos enfants&#8221;, conclut celle qui part en \u00e9claireur vers la Terre promise pour ses filles, encore \u00e9tudiantes en France. Si certains sont plus religieux que d&#8217;autres, tous ont &#8220;foi en Isra\u00ebl&#8221;.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les tirs fournis de roquettes et la d\u00e9gradation rapide de la situation, aucune annulation n&#8217;a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9e par l&#8217;Agence juive. M\u00eame lorsque les villes de destination se situent sous le feu des missiles, comme Ashdod, ou Ashqelon, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres \u00e0 peine de l&#8217;enclave palestinienne. C&#8217;est d&#8217;ailleurs ici, dans cette ville du Sud, r\u00e9guli\u00e8rement pilonn\u00e9e par le Hamas, et o\u00f9 il faut plonger dans un abri en moins de 15 secondes en cas d&#8217;alerte, qu&#8217;ont \u00e9lu domicile Daniel Halimi, Myriam et leurs quatre enfants, les premiers sur la liste des olim (les nouveaux immigrants).<\/p>\n<p>Dans cette m\u00eame ville, le 22 juillet, 6.000 Franco-Isra\u00e9liens affluent de tout le pays pour enterrer le soldat Jordan Bensemoun, mort au combat \u00e0 22 ans.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/referentiel.nouvelobs.com\/file\/7595497.jpg\" alt=\"\" width=\"640\" \/><em>Fun\u00e9railles \u00e0 Ashqelon du soldat franco-isra\u00e9lien Jordan Bensemoun,<br \/>\n22 ans, tu\u00e9 au combat le 21 juillet.<br \/>\n(S\u00e9bastien Leban pour Le Nouvel Observateur)<\/em><\/p>\n<p>Le gar\u00e7on avait \u00e9migr\u00e9 de Lyon \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 16 ans avec la farouche volont\u00e9 de s&#8217;engager dans le corps d&#8217;\u00e9lite de l&#8217;arm\u00e9e isra\u00e9lienne. &#8220;Une le\u00e7on de sionisme&#8221;, d\u00e9clare l&#8217;ancien ministre de la D\u00e9fense Shaul Mofaz devant un parterre de militaires et de civils \u00e0 fleur de peau. Au milieu des sanglots, la col\u00e8re est palpable.<\/p>\n<h5>Salauds de journalistes, foutez le camp ! hurle une cousine du d\u00e9funt. Les m\u00e9dias racontent n&#8217;importe quoi sur cette guerre. C&#8217;est de la d\u00e9sinformation.&#8221;<\/h5>\n<p>&#8220;La France, c&#8217;est devenu l&#8217;Alg\u00e9rie&#8221;, enrage une autre. &#8220;La mort de Jordan, \u00e7a me donne encore plus envie d&#8217;aller combattre pour mon peuple&#8221;, affirme un jeune olim galvanis\u00e9.<\/p>\n<h4>Op\u00e9ration &#8220;tapis rouge&#8221;<\/h4>\n<p>D\u00e8s leur descente d&#8217;avion \u00e0 l&#8217;a\u00e9roport Ben Gourion de Tel-Aviv, l&#8217;accueil des 430 Fran\u00e7ais est triomphal. &#8220;Vous, qui montez en Isra\u00ebl aujourd&#8217;hui, vous \u00eates notre Kippat Barzel, notre D\u00f4me de Fer&#8221;, leur lance la ministre de l&#8217;Alya et de l&#8217;Int\u00e9gration Sofa Landver. C&#8217;est \u00e0 cet instant que commence l&#8217;op\u00e9ration &#8220;tapis rouge&#8221;, comme on appelle les 24 premi\u00e8res heures d&#8217;int\u00e9gration.<\/p>\n<p>Ces Fran\u00e7ais re\u00e7oivent imm\u00e9diatement le sal klita, un &#8220;panier d&#8217;int\u00e9gration&#8221;, comprenant une aide financi\u00e8re, une assistance pour la recherche d&#8217;un logement et d&#8217;un emploi, une formation \u00e0 l&#8217;h\u00e9breu, des exemptions fiscales&#8230;<\/p>\n<p>Le lendemain, dans le hall de leur h\u00f4tel \u00e0 J\u00e9rusalem, un forum &#8220;premi\u00e8res d\u00e9marches&#8221; permet de se renseigner directement sur les \u00e9coles, d&#8217;ouvrir un compte en banque, de choisir une caisse de s\u00e9curit\u00e9 sociale&#8230; Tout est pens\u00e9 dans le moindre d\u00e9tail : distribution de drapeaux isra\u00e9liens, de magnets estampill\u00e9s &#8220;Isra\u00ebl, notre vraie maison&#8221;, et m\u00eame une garderie pour les enfants, anim\u00e9e par six soldats de Tsahal en uniforme, qui passeront leur journ\u00e9e \u00e0 faire des bulles de savon et \u00e0 bercer les plus jeunes.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/referentiel.nouvelobs.com\/file\/7595513.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" \/><br \/>\n<em>Un panier d&#8217;int\u00e9gration o\u00f9 &#8220;d&#8217;absorption&#8221; (Sal Klita) est remis<br \/>\n\u00e0 chaque Fran\u00e7ais qui fait son alya, la &#8220;mont\u00e9e&#8221; vers Isra\u00ebl.<br \/>\n( S\u00e9bastien Leban pour le Nouvel Observateur)<\/em><\/p>\n<p>L&#8217;apr\u00e8s-midi, durant la c\u00e9r\u00e9monie de remise des cartes d&#8217;identit\u00e9 isra\u00e9liennes, entre euphorie et fatigue, les olim finissent par \u00eatre emport\u00e9s par l&#8217;\u00e9motion au moment de chanter pour la premi\u00e8re fois l&#8217;hymne national. Dans le brouhaha, chacun se dirige alors vers le bus qui doit le conduire dans la ville choisie, la plupart du temps pour y retrouver des proches. C&#8217;est le dernier parcours, sur des routes parsem\u00e9es de panneaux publicitaires pour la t\u00e9l\u00e9vision i24, montrant une pluie de missiles au-dessus du slogan &#8220;le D\u00f4me de Fer des cha\u00eenes d&#8217;info&#8221;.<\/p>\n<h4>La difficult\u00e9 d&#8217;\u00eatre juif en France<\/h4>\n<p>Comme son grand fr\u00e8re &#8220;aux \u00e9lans un peu sionistes&#8221;, \u00e0 Kyriat Ha\u00efm, pr\u00e8s de Ha\u00effa, Th\u00e9o est enthousiasm\u00e9 par sa nouvelle patrie et r\u00eave d&#8217;int\u00e9grer le Maccabi Ha\u00effa, le club de football local, et pourquoi pas Tsahal. Tout excit\u00e9, il s&#8217;enroule dans son drapeau isra\u00e9lien. Sylvie, sa m\u00e8re, ex-institutrice, est plus anxieuse :<\/p>\n<h5>Pour l&#8217;instant, c&#8217;est assez facile. Nous nous sentons en vacances. Mais la r\u00e9alit\u00e9 nous rattrapera \u00e0 la rentr\u00e9e de septembre, quand il faudra commencer l'&#8221;oulpan&#8221;, l&#8217;\u00e9cole d&#8217;h\u00e9breu, chercher un travail et un nouvel appartement.&#8221;<\/h5>\n<p>S&#8217;ils pr\u00e9cisent &#8220;ne pas avoir fui&#8221;, Marc et Sylvie disent que ce n&#8217;est pas facile d&#8217;\u00eatre juif en France. &#8220;A mon travail, je ne disais pas que j&#8217;\u00e9tais juif . Mais quand mes coll\u00e8gues l&#8217;ont su, ils se sont moqu\u00e9s de moi et m&#8217;ont parl\u00e9 avec l&#8217;accent du Sentier&#8221;, se souvient Marc, le mari. Ce sont de petites choses qui remontent \u00e0 la surface : un nom au suffixe typiquement juif qu&#8217;on leur demande d&#8217;\u00e9peler avec une insistance suspecte, un enfant accus\u00e9 \u00e0 tort d&#8217;avoir dessin\u00e9 une croix gamm\u00e9e par un professeur qui, &#8220;comme par hasard&#8221;, d\u00e9teste tous les gar\u00e7ons de la famille&#8230;<\/p>\n<p>R\u00e9el ou fantasm\u00e9, le sentiment d&#8217;ins\u00e9curit\u00e9 ne se discute pas. Par contraste, cette &#8220;imm\u00e9diate sensation de libert\u00e9&#8221; ressentie dans &#8220;un pays qui suit le calendrier juif&#8221;, &#8220;le paradis du kasher&#8221;, a d\u00e9finitivement ravi Caroline, 24 ans. L&#8217;ex-Parisienne sort de son cours d&#8217;h\u00e9breu, \u00e0 l&#8217;oulpan Gordon de Tel-Aviv, o\u00f9 elle vit son &#8220;r\u00eave&#8221; d&#8217;alya avec d&#8217;autres Fran\u00e7ais depuis cinq mois.<\/p>\n<h5>En France, on met une casquette pour cacher la kippa, en Isra\u00ebl on met une casquette pour \u00e9viter une insolation&#8221;, plaisante-t-elle.<\/h5>\n<p>&#8220;J&#8217;ai moins peur des roquettes que de descendre dans le m\u00e9tro \u00e0 Barb\u00e8s&#8221;, ajoute Philippe, 35 ans. &#8220;A force de se faire discret, le juif en France ne vit plus qu&#8217;\u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur des murs. Pour rien au monde, je ne retournerai l\u00e0-bas. Je refuse que mes enfants connaissent ce syst\u00e8me \u00e9ducatif o\u00f9 vous vous sentez toujours un peu \u00e0 part parce que vous \u00eates juif.&#8221; Fabienne, 54 ans, a connu l&#8217;agression antis\u00e9mite dans le cadre de son travail. &#8220;Une coll\u00e8gue musulmane m&#8217;a trait\u00e9e de &#8220;sale juive&#8221; et a ajout\u00e9 que &#8220;Hitler n&#8217;avait pas fini le travail&#8221;. J&#8217;ai obtenu les excuses de mon employeur, mais je suis rest\u00e9e choqu\u00e9e.&#8221;<\/p>\n<h4>Le &#8220;miracle&#8221; de l&#8217;alya des Fran\u00e7ais<\/h4>\n<p>Dans son spacieux bureau du centre de J\u00e9rusalem, face \u00e0 sa marionnette des Guignols isra\u00e9liens, Natan Sharansky se frotte les mains. L&#8217;alya des Fran\u00e7ais est un &#8220;miracle&#8221; pour le pr\u00e9sident de l&#8217;Agence juive.<\/p>\n<h5>Elle am\u00e8ne de nouveaux dipl\u00f4m\u00e9s qui r\u00e9pondent aux besoins de notre soci\u00e9t\u00e9. Quel que soit le co\u00fbt de d\u00e9part d&#8217;un &#8220;olim&#8221;, le retour sur investissement est \u00e9norme. C&#8217;est un grand mouvement, dont on peut se rendre compte par la recrudescence d&#8217; &#8220;olim&#8221;, mais aussi par le tourisme, l&#8217;achat d&#8217;appartements, le nombre de jeunes qui participent \u00e0 nos programmes et les 5.000 visiteurs au salon parisien de l&#8217;alya !&#8221;<\/h5>\n<p>Pour Sharansky, le sentiment d&#8217;ins\u00e9curit\u00e9 et &#8220;ce nouvel antis\u00e9mitisme qu&#8217;on appelle l&#8217;antisionisme&#8221; participent \u00e0 cette nouvelle &#8220;mont\u00e9e&#8221; des Fran\u00e7ais vers Isra\u00ebl. &#8220;Quand des rabbins et des enseignants commencent \u00e0 dire aux enfants de ne pas sortir avec une kippa dans la rue, l&#8217;heure est grave. C&#8217;est un signe d&#8217;alarme pour les juifs et pour toute la civilisation europ\u00e9enne.&#8221;<\/p>\n<p>D\u00e9but juillet, de passage \u00e0 Paris, l&#8217;ancien dissident russe a rencontr\u00e9 le philosophe Alain Finkielkraut, chantre de l&#8217;identit\u00e9 malheureuse.<\/p>\n<h5>Je lui ai demand\u00e9 s&#8217;il voyait un futur possible pour la communaut\u00e9 juive en Europe. Il m&#8217;a r\u00e9pondu : &#8220;Y a-t-il un avenir pour l&#8217;Europe en Europe ?&#8221; J&#8217;en suis venu \u00e0 la conclusion qu&#8217;il fallait peut-\u00eatre faire venir l&#8217;Europe en Isra\u00ebl, puisque c&#8217;est ici qu&#8217;on arrive \u00e0 concilier libert\u00e9 et identit\u00e9&#8230;&#8221;<\/h5>\n<p>L&#8217;appel \u00e0 \u00e9migrer &#8220;aussi vite que possible&#8221; en Isra\u00ebl, lanc\u00e9 par Ariel Sharon en 2004 aux 500.000 juifs de France, o\u00f9 se r\u00e9pandait selon lui &#8220;un antis\u00e9mitisme d\u00e9cha\u00een\u00e9&#8221;, aurait-il finalement atteint sa cible ? A l&#8217;\u00e9poque, les propos avaient \u00e9t\u00e9 jug\u00e9s inacceptables au sein m\u00eame de la communaut\u00e9 juive. Depuis, l&#8217;int\u00e9r\u00eat port\u00e9 par Isra\u00ebl aux juifs de France s&#8217;est encore accru. Un lobby parlementaire pour favoriser leur venue a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 mi-janvier \u00e0 la Knesset.<\/p>\n<h4>D&#8217;ici \u00e0 2017, Isra\u00ebl esp\u00e8re attirer 40.000 Fran\u00e7ais<\/h4>\n<p>Dans la foul\u00e9e, le gouvernement Netanyahou a lanc\u00e9 un &#8220;plan d&#8217;action&#8221;, &#8220;pour investir d&#8217;urgence dans la promotion de l&#8217;alya et l&#8217;aide \u00e0 l&#8217;int\u00e9gration des juifs de France&#8221;. D&#8217;ici \u00e0 2017, il esp\u00e8re attirer 40.000 Fran\u00e7ais, en plus des 150.000 d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sents en Isra\u00ebl. Une volont\u00e9 qui devrait conduire d&#8217;ici \u00e0 quelques mois \u00e0 la reconnaissance de tous les dipl\u00f4mes d&#8217;Etat fran\u00e7ais, notamment ceux des professions r\u00e9glement\u00e9es (sant\u00e9, expertise comptable, avocats&#8230;), pour faciliter l&#8217;immigration.<\/p>\n<p>Freddo Pachter, le coordinateur des olim fran\u00e7ais de Netanya, est d\u00e9sormais d\u00e9bord\u00e9 : il a d\u00fb recruter deux personnes.<\/p>\n<h5>Presque 1.000 Fran\u00e7ais ont \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 Netanya depuis le d\u00e9but de l&#8217;ann\u00e9e, dit-il. Alors que nous avions surtout des retrait\u00e9s, depuis deux ou trois ans, nous accueillons de plus en plus de familles.&#8221;<\/h5>\n<p>Certains olim, comme Eric, 40 ans, chef d&#8217;entreprise dans l&#8217;informatique, pratiquent m\u00eame la &#8220;Boeing alya&#8221;. Alors que sa femme et ses trois enfants vivent en Isra\u00ebl, le chef de famille fait des allers et retours chaque semaine pour travailler en France, o\u00f9 les r\u00e9mun\u00e9rations restent plus \u00e9lev\u00e9es. &#8220;Nous ne nous sentions plus en ad\u00e9quation avec notre identit\u00e9 juive, nous avons atteint le point de rupture avec la France&#8221;, explique ce traditionaliste.<\/p>\n<p>&#8220;C&#8217;est la fin d&#8217;un r\u00eave d&#8217;int\u00e9gration r\u00e9publicaine, observe le politologue Denis Charbit, professeur \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 ouverte d&#8217;Isra\u00ebl, \u00e0 J\u00e9rusalem. Depuis 2000 et la seconde Intifada, les juifs de la communaut\u00e9 organis\u00e9e se sentent en porte-\u00e0-faux avec l&#8217;opinion fran\u00e7aise sur la question isra\u00e9lo-palestinienne.&#8221;<\/p>\n<p>A cela se sont ajout\u00e9s l&#8217;assassinat d&#8217;Ilan Halimi en 2006, la tuerie de Toulouse en 2012, l&#8217;affaire Dieudonn\u00e9, la tuerie de Bruxelles&#8230; Avec pour toile de fond la crise \u00e9conomique et le sentiment que pour les juifs &#8220;le projet France&#8221; s&#8217;\u00e9puise.<\/p>\n<h5>C&#8217;est une sorte de patriotisme ombrageux, un peu excessif qui se reporte sur Isra\u00ebl et aboutit \u00e0 ce paradoxe : certains se sentent plus en s\u00e9curit\u00e9 dans un pays en guerre qu&#8217;en France o\u00f9 ils pensent que les autorit\u00e9s n&#8217;ont plus la capacit\u00e9 de les prot\u00e9ger. Ils se sentent pris en tenaille entre un FN qui grimpe, une extr\u00eame gauche contestatrice d&#8217;Isra\u00ebl et une minorit\u00e9 de musulmans antijuifs.&#8221;<\/h5>\n<p>En juillet 2004, ann\u00e9e des premiers d\u00e9parts group\u00e9s de Fran\u00e7ais en <a class=\"tag\" href=\"http:\/\/tempsreel.nouvelobs.com\/tag\/israel\">Isra\u00ebl<\/a>, Sarah Abitbol et son mari faisaient partie du premier charter, dit des &#8220;200&#8221;. &#8220;Ca fait deux mille ans qu&#8217;on prie pour le retour, c&#8217;\u00e9tait un moment heureux&#8221;, raconte-t-elle.<\/p>\n<p>Sioniste, issue d&#8217;une famille religieuse, cette femme de 38 ans m\u00e8re de cinq enfants se f\u00e9licite encore de cette alya r\u00e9ussie, dont l&#8217;envie lui \u00e9tait venue &#8220;comme une rage de dent&#8221;. Sur la terre sacr\u00e9e, elle a donn\u00e9 naissance \u00e0 ses deux derniers enfants, Adam, 4 ans et demi, et Ava, 3 ans, clin d&#8217; \u0153il aux Adam et Eve de la Bible pour symboliser sa propre renaissance isra\u00e9lienne.<\/p>\n<p>A Netanya, Sarah tient aujourd&#8217;hui une \u00e9picerie fine de produits fran\u00e7ais tr\u00e8s courue. &#8220;Je suis fi\u00e8re d&#8217;\u00eatre venue avant cette vague, parce qu&#8217;\u00e0 cette \u00e9poque la France allait bien. On est partis la t\u00eate haute. Aujourd&#8217;hui, dix ans plus tard, quelle aurait \u00e9t\u00e9 ma situation ? Est-ce que j&#8217;aurais \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9e de fuir ma <a class=\"tag\" href=\"http:\/\/tempsreel.nouvelobs.com\/tag\/france\">France<\/a> ?&#8221;<\/p>\n<p><strong>Marie Lemonnier &#8211; Le Nouvel Observateur<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Publi\u00e9 sur le Nouvel Obs, 8 ao\u00fbt 2014<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>5.000 d\u00e9parts pr\u00e9vus cette ann\u00e9e. Ils choisissent de quitter la France pour des motifs religieux, pour fuir la mont\u00e9e de l&#8217;antis\u00e9mitisme ou pour changer de vie. Enqu\u00eate. C&#8217;est le huiti\u00e8me jour de leur nouvelle vie. Un message scotch\u00e9 sur la porte d&#8217;entr\u00e9e de l&#8217;appartement t\u00e9moigne de leur arriv\u00e9e r\u00e9cente dans ce quartier populaire de la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":23,"featured_media":1209,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1494","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-antisemitisme"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/uejf.org\/univsenligne\/files\/2014\/01\/Israel.jpg","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/uejf.org\/univsenligne\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1494","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/uejf.org\/univsenligne\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/uejf.org\/univsenligne\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/uejf.org\/univsenligne\/wp-json\/wp\/v2\/users\/23"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/uejf.org\/univsenligne\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1494"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/uejf.org\/univsenligne\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1494\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1495,"href":"https:\/\/uejf.org\/univsenligne\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1494\/revisions\/1495"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/uejf.org\/univsenligne\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1209"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/uejf.org\/univsenligne\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1494"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/uejf.org\/univsenligne\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1494"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/uejf.org\/univsenligne\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1494"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}