{"id":1177,"date":"2014-01-15T17:43:38","date_gmt":"2014-01-15T16:43:38","guid":{"rendered":"http:\/\/uejf.org\/univsenligne\/?p=1177"},"modified":"2014-01-30T05:39:31","modified_gmt":"2014-01-30T04:39:31","slug":"affaire-dieudonne-la-republique-et-le-rire-obscene","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/uejf.org\/univsenligne\/2014\/01\/15\/affaire-dieudonne-la-republique-et-le-rire-obscene\/","title":{"rendered":"Affaire Dieudonn\u00e9 : la R\u00e9publique et le rire obsc\u00e8ne"},"content":{"rendered":"<h2>Quand la haine se d\u00e9guise en humour, que le rire devient obsc\u00e8ne, quand l\u2019abjection se drape dans la libert\u00e9 d\u2019expression, nos soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques se r\u00e9v\u00e8lent fragiles, \u00e9crit pour les &#8220;Echos&#8221; le philosophe Roger-Pol Droit.<\/h2>\n<div><a href=\"http:\/\/www.lesechos.fr\/medias\/2014\/01\/09\/641766_0203232858338_web_tete.jpg\" rel=\"fancy\"><img decoding=\"async\" title=\"L\\'affaire Dieudonn\u00e9 r\u00e9v\u00e8le la fragilit\u00e9 de notre soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique - AFP\" alt=\"L\\'affaire Dieudonn\u00e9 r\u00e9v\u00e8le la fragilit\u00e9 de notre soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique - AFP\" src=\"http:\/\/www.lesechos.fr\/medias\/2014\/01\/09\/641766_0203232858338_web_tete.jpg\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<div>L&#8217;affaire Dieudonn\u00e9 r\u00e9v\u00e8le la fragilit\u00e9 de notre soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique &#8211; AFP<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<p>En quelques jours,\u00a0<a href=\"http:\/\/www.lesechos.fr\/economie-politique\/politique\/actu\/0203231383730-dieudonne-premiers-verdicts-de-la-justice-a-nantes-et-orleans-641681.php\">l\u2019affaire Dieudonn\u00e9<\/a>\u00a0est devenue nationale. Ministres, pr\u00e9fets, magistrats, juristes, m\u00e9dias, r\u00e9seaux sociaux, conversations priv\u00e9es se retrouvent mobilis\u00e9s par Dieudonn\u00e9 et son antis\u00e9mitisme. D\u00e9sormais omnipr\u00e9sentes, les questions soulev\u00e9es semblent \u00e0 la fois tr\u00e8s simples et fort embrouill\u00e9es. Il est ais\u00e9 de voir que sont inacceptables la n\u00e9gation des chambres \u00e0 gaz, la d\u00e9rision des massacres nazis, le soutien aux lois antijuives de Vichy. Interdire, donc. Surgissent aussit\u00f4t les complications\u2009: moyens l\u00e9gaux incertains ou faibles, risque de transformer ce d\u00e9linquant en h\u00e9ros d\u2019un feuilleton m\u00e9diatique qui le starifie au lieu de le bannir et dont on ne joue sans doute que les premiers \u00e9pisodes. Pourtant, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan, d\u2019autres le\u00e7ons se profilent, qu\u2019il convient de tirer.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>D\u2019abord, la grande vuln\u00e9rabilit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques face \u00e0 ce genre de situation. Quand la haine se d\u00e9guise en humour, quand le rire devient obsc\u00e8ne, quand l\u2019abjection se drape dans la libert\u00e9 d\u2019expression, cette fragilit\u00e9 devient visible. Relative, sans doute, car il existe effectivement un arsenal de lois. Mais malgr\u00e9 tout fragilit\u00e9 r\u00e9elle, si l\u2019opinion commence \u00e0 vaciller.<\/p>\n<\/div>\n<h2>Des r\u00e9publiques s\u2019effondrent sous les effets conjugu\u00e9s de crises et d\u2019id\u00e9es meurtri\u00e8res<\/h2>\n<div>\n<p>L\u2019histoire du XX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle a montr\u00e9 comment des r\u00e9publiques s\u2019effondrent comme ch\u00e2teau de cartes, sous les effets conjugu\u00e9s de crises et d\u2019id\u00e9es meurtri\u00e8res. A pr\u00e9sent, le risque et l\u2019abjection se d\u00e9multiplient impun\u00e9ment par viralisation num\u00e9rique. Les garde-fous officiels, indispensables, se r\u00e9v\u00e8lent friables.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, le point central ne concerne ni les proc\u00e9dures, ni m\u00eame les principes. Il r\u00e9side dans les consciences. A quoi la R\u00e9publique, faite de nous tous, accepte-t-elle de consentir\u2009? Quel degr\u00e9 d\u2019attachement collectif subsiste envers l\u2019incarnation de l\u2019\u00e9galit\u00e9, de la dignit\u00e9, de la fraternit\u00e9\u2009? Pour beaucoup, heureusement, ce sont encore et toujours des id\u00e9aux pratiques, vers lesquels il nous appartient de cheminer sans cesse. Mais, pour d\u2019autres, dont le nombre aujourd\u2019hui augmente, ce ne sont plus que des mots, voire des pi\u00e8ges, dont il conviendrait de ne plus \u00eatre dupe.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>Ce que fait voir l\u2019affaire Dieudonn\u00e9, plus nettement que jamais, c\u2019est le clivage croissant entre deux faces de la France. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 la R\u00e9publique, rassemblant tous ceux qui s\u2019accordent sur les principes r\u00e9gulateurs, qu\u2019ils aient le c\u0153ur \u00e0 droite ou \u00e0 gauche, qu\u2019ils fr\u00e9quentent \u00e9glise ou mosqu\u00e9e, temple ou synagogue, loge ou rien. Rurale ou citadine, riche ou modeste, connect\u00e9e ou non, cette France se souvient clairement de 1789, de la Constitution, des valeurs qui fondent la d\u00e9mocratie. Et elle y tient. L\u2019autre face, elle, ne s\u2019embarrasse plus de tout cela, qu\u2019elle consid\u00e8re comme balivernes. C\u2019est pourquoi elle ne trouve pas Dieudonn\u00e9 sinistre, mais hilarant, attirant, provocant, voire lib\u00e9rateur. Sans ce public qui remplit les salles, fr\u00e9quente son site Web, s\u2019exerce \u00e0 faire la quenelle, le pr\u00e9tendu artiste, d\u00e9pourvu d\u2019audience, s\u2019\u00e9poumonerait en vain.<\/p>\n<\/div>\n<h2>A pr\u00e9sent, le risque et l\u2019abjection se d\u00e9multiplient par viralisation num\u00e9rique<\/h2>\n<div>\n<p>Ceux qu\u2019il r\u00e9jouit sont certes disparates, venus d\u2019horizons dissemblables, mais ce qui les r\u00e9unit est un autre h\u00e9ritage fran\u00e7ais, dont on n\u2019aime gu\u00e8re rappeler l\u2019anciennet\u00e9 ni la persistance. Cette tradition est celle de l\u2019abjection que constitue la haine antis\u00e9mite. Drumont, Vacher de Lapouge, Maurras, Daudet et quantit\u00e9 d\u2019autres ont entretenu cette ignominie. Elle a nourri le r\u00e9gime de Vichy, dont on ne rappellera jamais assez qu\u2019il a tr\u00e8s vite promulgu\u00e9, de sa propre initiative, les lois antijuives d\u2019octobre\u00a01940, avant d\u2019organiser, avec z\u00e8le, la collaboration nationale aux d\u00e9portations vers les camps de la mort.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>Il est vrai, m\u00eame s\u2019il est d\u00e9sagr\u00e9able de le rappeler, que P\u00e9tain fut populaire, que les pers\u00e9cutions et spoliations des Juifs n\u2019ont \u00e9mu \u00e0 l\u2019\u00e9poque que quelques poign\u00e9es de gens. La plupart des Fran\u00e7ais s\u2019accommodaient de l\u2019abjection en silence, beaucoup postaient des lettres de d\u00e9nonciation aux autorit\u00e9s. Cette France rance fut longtemps recouverte par le mythe gaullien du peuple r\u00e9sistant, se lib\u00e9rant h\u00e9ro\u00efquement des nazis. Elle n\u2019est pas morte. Par temps de crise et de d\u00e9sarroi, voil\u00e0 qu\u2019elle commence \u00e0 relever la t\u00eate, dans une fraternit\u00e9 paradoxale avec cet anticolonialisme virulent qui g\u00e9n\u00e8re l\u2019antisionisme. C\u2019est cette r\u00e9alit\u00e9-l\u00e0 qu\u2019il faut savoir constater et combattre. C\u2019est bien une affaire nationale, \u00e0 tous les sens.<\/p>\n<\/div>\n<h5>Par Roger-Pol Droit<\/h5>\n<p>Les Echos, 9 janvier 2014<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand la haine se d\u00e9guise en humour, que le rire devient obsc\u00e8ne, quand l\u2019abjection se drape dans la libert\u00e9 d\u2019expression, nos soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques se r\u00e9v\u00e8lent fragiles, \u00e9crit pour les &#8220;Echos&#8221; le philosophe Roger-Pol Droit. L&#8217;affaire Dieudonn\u00e9 r\u00e9v\u00e8le la fragilit\u00e9 de notre soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique &#8211; AFP En quelques jours,\u00a0l\u2019affaire Dieudonn\u00e9\u00a0est devenue nationale. 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