{"id":1086,"date":"2014-01-13T16:24:41","date_gmt":"2014-01-13T15:24:41","guid":{"rendered":"http:\/\/uejf.org\/univsenligne\/?p=1086"},"modified":"2014-01-13T16:24:41","modified_gmt":"2014-01-13T15:24:41","slug":"la-mise-en-place-de-la-solution-finale-voyage-de-la-memoire-de-luejf-2004","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/uejf.org\/univsenligne\/2014\/01\/13\/la-mise-en-place-de-la-solution-finale-voyage-de-la-memoire-de-luejf-2004\/","title":{"rendered":"LA MISE EN PLACE DE LA SOLUTION FINALE, VOYAGE DE LA M\u00c9MOIRE DE L\u2019UEJF, 2004 :"},"content":{"rendered":"<p align=\"center\"><span style=\"text-decoration: underline;\">La mise en place de la solution finale, <\/span><\/p>\n<p align=\"center\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Voyage de la M\u00e9moire 2004, Union des Etudiants Juifs de France.<\/span><\/p>\n<ol>\n<li><span style=\"text-decoration: underline;\">L\u2019organisation du syst\u00e8me r\u00e9pressif nazi<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<p>Nous ne reviendrons pas ici sur les fondements de l\u2019id\u00e9ologie nazie en tant que paroxysme du racisme biologique. Nous nous contenterons de rappeler les diff\u00e9rentes \u00e9tapes qui ont conduit \u00e0 la mise en \u0153uvre de cette entreprise d\u2019extermination syst\u00e9matique du peuple juif.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><i><span style=\"text-decoration: underline;\">1933-1936\u00a0; La gen\u00e8se du syst\u00e8me concentrationnaire et \u00ab\u00a0l\u2019exclusion l\u00e9gale\u00a0\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p>A peine un mois apr\u00e8s sa prise du pouvoir (par des voies parfaitement l\u00e9gales), Hitler a trouv\u00e9 dans l\u2019incendie du Reichstag, organis\u00e9 par Goering et faussement attribu\u00e9 \u00e0 des militants communistes, le pr\u00e9texte pour poser les premi\u00e8res bases juridiques de l\u2019\u00e9difice concentrationnaire.<\/p>\n<p><b> Le 28 f\u00e9vrier 1933 est promulgu\u00e9e une \u00ab\u00a0Ordonnance pour la protection du peuple et de l\u2019Etat\u00a0\u00bb qui autorise l\u2019emprisonnement quasi arbitraire des opposants politiques<\/b> plac\u00e9s sous \u00ab\u00a0contr\u00f4le pr\u00e9ventif\u00a0\u00bb (<i>Schutzhaft<\/i>) pour des motifs dits de \u00ab\u00a0s\u00e9curit\u00e9 publique\u00a0\u00bb. <b>La \u00ab\u00a0loi des pleins pouvoirs\u00a0\u00bb vot\u00e9e le 24 mars 1933<\/b> instaure la dictature en permettant au gouvernement de passer des lois sans le concours du Parlement.\u00a0 En moins de 5 mois, plus de 26\u00a0000 personnes sont ainsi arr\u00eat\u00e9es et enferm\u00e9es dans des Lager dont le plus grand, Dachau qui se trouve pr\u00e8s de Munich, fonctionnera jusqu\u2019\u00e0 la fin de la guerre. Ces mesures visent principalement, avant 1936,\u00a0 les opposants politiques allemands au r\u00e9gime.<\/p>\n<p>Mais, d\u00e8s le mois d\u2019avril 1933 la population juive voit se mat\u00e9rialiser les impr\u00e9cations antis\u00e9mites contenues dans les discours du F\u00fchrer et d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sentes dans son pamphlet autobiographique publi\u00e9 en 1921 \u00ab\u00a0<i>Mein Kampf<\/i>\u00a0\u00bb. Le NSDAP (Parti national-socialiste des travailleurs allemands\u00a0; parti Nazi) organise le 1<sup>er<\/sup> avril <b>le premier boycott des magasins juifs<\/b>. Quelques jours plus tard les premi\u00e8res lois d\u2019exclusion de la fonction publique sont vot\u00e9es. Elles seront rapidement accompagn\u00e9es de mesures similaires visant toutes les cat\u00e9gories professionnelles. De m\u00eame, le quota d\u2019\u00e9tudiants juifs est limit\u00e9 \u00e0 5%. <b>L\u2019\u00e9galit\u00e9 l\u00e9gale des Juifs est ainsi abrog\u00e9e.<\/b><\/p>\n<p>Une loi, promulgu\u00e9e en juillet 1933 autorisant la<b> st\u00e9rilisation forc\u00e9e de certains patients ouvre la voie \u00e0 une \u00ab\u00a0op\u00e9ration Euthanasie\u00a0\u00bb sur la base de crit\u00e8res raciaux\u00a0; l\u2019Op\u00e9ration T4 <\/b>(cf. infra). On estime, \u00e0 la fin de la guerre, \u00e0 40\u00a0000 le nombre de personnes victimes de cette pratique qui a touch\u00e9 en priorit\u00e9 les \u00ab\u00a0malades h\u00e9r\u00e9ditaires\u00a0\u00bb, les\u00a0\u00ab\u00a0criminels irr\u00e9cup\u00e9rables et dangereux\u00a0\u00bb et une partie importante de la population Tzigane.<\/p>\n<p>Les ann\u00e9es 1935 et 1936 introduisent une radicalisation de la politique nazie dans une optique de plus en plus ouvertement militaire. Les <b>boycotts de l\u2019\u00e9t\u00e9 1935 souvent accompagn\u00e9s de manifestations de violence<\/b>\u00a0 antis\u00e9mite, pr\u00e9c\u00e8dent de nouvelles lois visant \u00e0 l\u2019exclusion d\u00e9finitive des Juifs de la vie sociale. Les <b>Lois de Nuremberg <\/b>vot\u00e9es entre septembre et novembre 1935 privent les Juifs de leurs droits civiques (loi sur les citoyens). Les derniers fonctionnaires, m\u00e9decins, avocats, enseignants et Professeurs sont licenci\u00e9s. Des mesures vexatoires contribuent \u00e0 les marginaliser dans de nombreux aspects de la vie publique. <b>La \u00ab\u00a0loi sur la protection du sang et de l\u2019honneur allemand\u00a0\u00bb<\/b> instaure un \u00ab\u00a0d\u00e9lit contre le sang\u00a0\u00bb qui punit tous les rapports sexuels entre Juifs et Aryens. Ces lois d\u00e9finissent comme Juif celui qui a au moins trois grands-parents juifs. Cette d\u00e9finition est biologique et non religieuse\u00a0; le fait que la pratique de la religion n\u2019entre pas en consid\u00e9ration, explique que de nombreux convertis de longue date et des \u00ab\u00a0demi-sang\u00a0\u00bb ou Mischlinge aient eu \u00e0 subir l\u2019oppression du r\u00e9gime nazi. Ces mesures ne provoquent que peu de r\u00e9actions d\u2019indignation de la part de la soci\u00e9t\u00e9 civile allemande (ni d\u2019ailleurs de la part de la soci\u00e9t\u00e9 internationale), pourtant, tous les Allemands sont dans l\u2019obligation de prouver leurs ant\u00e9c\u00e9dents aryens.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 est par ailleurs de plus en plus encadr\u00e9e, le parti nazi s\u2019impose \u00e0 tous les niveaux de la vie politique, sociale et culturelle. La police politique (Gestapo cr\u00e9\u00e9e d\u00e8s 1933) assure l\u2019omnipr\u00e9sence et l\u2019h\u00e9g\u00e9monie du parti unique. L\u2019embrigadement de la jeunesse dans les \u00ab\u00a0Jeunesses hitl\u00e9riennes\u00a0\u00bb diffuse dans la soci\u00e9t\u00e9 le <i>F\u00fchrer prinzip<\/i>\u00a0 selon lequel le Chef (<i>F\u00fchrer, <\/i>guide) ne peut avoir tort. La culture, enfin, devient avec Goebbels un instrument de propagande\u00a0 privil\u00e9gi\u00e9\u00a0 utilis\u00e9 pour justifier la politique du gouvernement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><i><span style=\"text-decoration: underline;\">1936-1939\u00a0; militarisation de la soci\u00e9t\u00e9 et aryanisation de l\u2019\u00e9conomie.<\/span><\/i><\/p>\n<p><b><span style=\"text-decoration: underline;\">\u00ab\u00a0Du boycottage \u00e0 l\u2019\u00e9puration\u00a0\u00bb <\/span><\/b><a title=\"\" href=\"#_ftn1\"><b>[1]<\/b><\/a><b><\/b><\/p>\n<p>A partir de 1936, Hitler engage un <b>programme de r\u00e9armement actif du pays<\/b> (malgr\u00e9 l\u2019interdiction faite \u00e0 l\u2019Allemagne par du trait\u00e9 de Versailles 1919). L\u2019\u00e9limination des S.A. en 1935 (Sections d\u2019Assaut, favorables \u00e0 une r\u00e9volution sociale radicale) lors de la \u00ab\u00a0<b>nuit des longs couteaux<\/b>\u00a0\u00bb lui permet d\u2019obtenir le soutien des grands entrepreneurs qui avaient jusque l\u00e0 manifest\u00e9 de la m\u00e9fiance \u00e0 son \u00e9gard. Les pr\u00e9paratifs de la guerre relancent l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique d\u00e9prim\u00e9e par la grande crise. Hitler se rallie \u00e0 la vision de Goering qui souhaite <b>mettre l\u2019univers concentrationnaire naissant au service de l\u2019effort \u00e9conomique<\/b>. Ainsi, \u00e0 partir de 1936 de grands <i>Stammlagers<\/i> sont construits \u00e0 proximit\u00e9 des centres industriels\u00a0: <b>Sachsenhausen-Orianenburg<\/b> (1936), <b>Buchenwald<\/b> (1937), <b>Flossenb\u00fcrg<\/b> (1938), <b>Mauthausen<\/b> (apr\u00e8s <b>l\u2019Anschluss avec l\u2019Autriche en 1938<\/b>) et <b>Ravensbr\u00fcck<\/b> (camp pour les femmes, ouvert en 1939). Outre les opposants politiques et les criminels de droit commun, les mesures d\u2019internement touchent toutes les cat\u00e9gories sociales jug\u00e9es nuisibles \u00e0 la puret\u00e9 de la race\u00a0; homosexuels, prostitu\u00e9s, psychopathes, asociaux, T\u00e9moins de J\u00e9hovah, Rom et Sinti\u00a0(avec une distinction tout de m\u00eame entre ces deux groupes tziganes puisque certains th\u00e9oriciens allemands consid\u00e8rent que les Sinti sont indo-europ\u00e9ens et donc plus proches des Aryens que les Roms). Ecart\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 civile, ils constituent une main d\u2019\u0153uvre servile que l\u2019id\u00e9ologie pr\u00e9tend r\u00e9habiliter par le travail. Il \u00e9tait courant de trouver \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019un camp l\u2019inscription \u00ab\u00a0<b>Arbeit Macht Frei<\/b>\u00a0\u00bb (le travail rend libre) comme c\u2019est le cas devant le camp de Sachsenhausen ou \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de Auschwitz 1 (camp de concentration). Cette id\u00e9e sera totalement absente des camps d\u2019extermination o\u00f9 l\u2019objectif n\u2019\u00e9tait pas la r\u00e9\u00e9ducation mais bien l\u2019extermination d\u2019un peuple, enfants et vieillards compris.<\/p>\n<p>Les historiens distinguent g\u00e9n\u00e9ralement trois phases, entre 1933 et 1939 qui marquent l\u2019\u00e9volution et les diff\u00e9rents niveaux de l\u2019exclusion des Juifs et qui aboutiront, avec l\u2019entr\u00e9e en guerre contre l\u2019URSS en 1941, \u00e0 l\u2019\u00e9limination physique syst\u00e9matique.<\/p>\n<p>&#8211; exclusion civique et politique entre 1933 et 1935,<\/p>\n<p>&#8211; exclusion sociale sur la base de crit\u00e8res biologiques entre 1935 et 1938,<\/p>\n<p>&#8211; exclusion \u00e9conomique en 1938-1939.<\/p>\n<p><b>Le 12 novembre 1938 une premi\u00e8re ordonnance pour \u00ab\u00a0l\u2019expulsion des Juifs de la vie \u00e9conomique\u00a0\u00bb<\/b> l\u00e9galise l\u2019expropriation des biens de la communaut\u00e9 juive et notamment des entreprises contr\u00f4l\u00e9es par des Juifs (plus de 25% du capital ou 50% des droits de vote). La politique d\u2019<b>aryanisation forc\u00e9e<\/b> sert les int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques mais aussi politiques du r\u00e9gime puisque les biens confisqu\u00e9s sont en partie redistribu\u00e9s (ou revendus \u00e0 bas prix) aux classes moyennes allemandes. Les Juifs ont l\u2019interdiction d\u2019exercer une quelconque activit\u00e9 professionnelle.<\/p>\n<p>Ainsi, du moins dans un premier temps, tout est fait pour les pousser \u00e0 \u00e9migrer (m\u00eame si le prix exig\u00e9 par les autorit\u00e9s est exorbitant et que toutes les fronti\u00e8res leur sont ferm\u00e9es, comme le confirme la Conf\u00e9rence d\u2019Evian). Pourtant, pr\u00e8s des deux tiers des Juifs d\u2019Allemagne (525\u00a0000 personnes en janvier 1933, 185\u00a0000 en septembre1939) sont parvenus \u00e0 \u00e9migrer avant le d\u00e9but de la guerre. Mais l\u2019id\u00e9ologie nazie ne peut se satisfaire de cette exclusion politique et sociale. La propagande pr\u00e9pare la population en distillant l\u2019id\u00e9e que la seule solution est la \u00ab\u00a0<b>solution finale<\/b>\u00a0<b>du probl\u00e8me juif<\/b>\u00bb c\u2019est \u00e0 dire l\u2019\u00e9limination physique, la s\u00e9paration d\u2019avec ce corps \u00e9tranger qui, tel un cancer pourrit le tissu vigoureux du corps aryen.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<i>Partout o\u00f9 les rats surgissent, ils causent la ruine du pays, d\u00e9truisant les biens et la nourriture des hommes. C\u2019est ainsi qu\u2019ils propagent des maladies telles que la peste, la l\u00e8pre, le typhus, le chol\u00e9ra, etc. Ils sont sournois, peureux et cruels et apparaissent la plupart du temps en bandes. Ils repr\u00e9sentent parmi les animaux l\u2019\u00e9l\u00e9ment de destruction perfide et souterrain. Exactement comme les Juifs parmi les hommes.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Extrait de \u00ab\u00a0<b>Der ewige Jude<\/b>\u00a0\u00bb documentaire de propagande film\u00e9 par l\u2019Intendant du cin\u00e9ma du Reich, Fritz Hippler.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Des mesures d\u2019expulsion sont prises avec l\u2019expulsion du territoire de 20 000 Juifs arriv\u00e9s en Allemagne apr\u00e8s 1918. Repouss\u00e9s vers la fronti\u00e8re polonaise, ils sont maintenus dans des conditions dramatiques. Parmi ces Juifs, se trouvait la famille Grynszpan dont le fils, pour attirer l\u2019attention sur le sort d\u00e9plorable de ces \u00ab\u00a0apatrides\u00a0\u00bb assassinera le conseiller d\u2019Ambassade \u00e0 Paris, Von Rath. En repr\u00e9sailles \u00e0 cet assassinat, les nazis organisent un terrible <b>pogrom dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938. <\/b>Lors de cet \u00e9v\u00e8nement qui prendra le nom de <b>Nuit de cristal<\/b>, toutes les synagogues de Berlin sont br\u00fbl\u00e9es ou saccag\u00e9es. Une centaine de Juifs sont tu\u00e9s dans les rues et 36\u00a0000 sont envoy\u00e9s dans les camps de concentration allemands.<\/p>\n<p>En janvier 1939 Hitler annonce dans un discours au Reichstag \u00ab\u00a0l\u2019an\u00e9antissement de la race juive en Europe\u00a0\u00bb en cas de guerre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol>\n<li><span style=\"text-decoration: underline;\">La \u00ab\u00a0destruction des Juifs d\u2019Europe\u00a0\u00bb<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<p><b><span style=\"text-decoration: underline;\">\u00a0<\/span><\/b><\/p>\n<p><b><i><span style=\"text-decoration: underline;\">1939-1941<\/span><\/i><\/b><i><span style=\"text-decoration: underline;\">\u00a0; la ghetto\u00efsation, premi\u00e8re phase de la guerre contre\u00a0 \u00ab\u00a0l\u2019ennemi interne\u00a0\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<h1>De la s\u00e9paration physique \u00e0 l\u2019\u00e9limination de masse<\/h1>\n<p><b>Le 1<sup>er<\/sup> septembre 1939, l\u2019Allemagne envahit la Pologne<\/b> et occupe la partie qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait arrog\u00e9e par partage dans le Pacte secret de non-agression sign\u00e9 quelques semaines plus t\u00f4t (en ao\u00fbt 1939) avec l\u2019URSS. Cette invasion modifie en partie la vision du \u00ab\u00a0probl\u00e8me juif\u00a0\u00bb. Plus de 3 millions de Juifs vivent en Pologne, l\u2019\u00e9migration forc\u00e9e en dehors des territoires contr\u00f4l\u00e9s par le Reich ne semble plus r\u00e9aliste. La Pologne sous contr\u00f4le nazi est divis\u00e9e entre la partie occidentale incorpor\u00e9e au Reich et le <b>Gouvernement g\u00e9n\u00e9ral administr\u00e9 par Hans Frank<\/b> (ainsi que le Warthegau dont le statut est particulier). Suivant la logique d\u2019extension de\u00a0l\u2019espace vital,\u00a0 le <i>Lebensraum<\/i>, les nazis expulsent les Juifs des territoires incorpor\u00e9s (qui deviennent<i>\u00a0Judenrein <\/i>c\u2019est-\u00e0-dire d\u00e9barrass\u00e9 des Juifs) vers le Gouvernement g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 l\u2019Est. L\u2019id\u00e9e est de concentrer les Juifs dans le <b>district de Lublin afin d\u2019y cr\u00e9er une <i>Judenreservat<\/i>\u00a0<\/b> (une r\u00e9serve juive). Mais, avec la d\u00e9faite de la France, une autre solution est pour un temps, envisag\u00e9e\u00a0; Eichmann est charg\u00e9 par Heydrich de mettre en place le <b>Plan Madagascar<\/b> qui pr\u00e9voit la relocalisation de tous les Juifs dans l\u2019\u00eele d\u00e8s que les Anglais auront \u00e9t\u00e9 vaincus.<\/p>\n<p>D\u00e8s septembre 1939, le plan de regroupement des Juifs dans des ghettos est d\u00e9fini et redoutablement mis en \u0153uvre entre 1940 et 1941. Les Juifs, d\u00e9j\u00e0 marqu\u00e9s par l\u2019\u00e9toile jaune, dont le port devient obligatoire \u00e0 partir de novembre 1939, sont ainsi regroup\u00e9s et entass\u00e9s dans des quartiers surpeupl\u00e9s interdisant tout contact avec l\u2019ext\u00e9rieur. Des <b>Conseils juifs (<i>Judenrat<\/i>)<\/b> charg\u00e9s d\u2019administrer le ghetto ainsi qu\u2019une Milice juive sont cr\u00e9es pour servir de relais entre la population et les autorit\u00e9s nazies. Il est important de les distinguer clairement des collaborateurs dans les pays occup\u00e9s car, contrairement \u00e0 eux, les Juifs du Judenrat ou de la police du ghetto n\u2019\u00e9taient pas libres et n\u2019agissaient pas par id\u00e9ologie mais plut\u00f4t dans l\u2019espoir de pouvoir adoucir le sort de leurs coreligionnaires ou du moins celui de leur propre famille<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, en Allemagne est men\u00e9e <b>l\u2019Op\u00e9ration T4<\/b> (dont le nom n\u2019est autre que la contraction de l\u2019adresse du premier centre dans lequel elle a \u00e9t\u00e9 pratiqu\u00e9e, Tiergartenstrasse n\u00b04) qui conduit \u00e0 l\u2019euthanasie par le gaz de pr\u00e8s de 100 000 malades mentaux, en un an et demi, dans les centres de Hadamar, Grafeneck, Sonnenstein, Linz, Brandenburg et Bernburg<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. La protestation de la population allemande qui s\u2019exprime par la voix de Mgr Gallen Ev\u00eaque de Munster contribue \u00e0 faire cesser cette euthanasie (bien qu\u2019elle ait continu\u00e9 \u00e0 \u00eatre pratiqu\u00e9e plus discr\u00e8tement et \u00e0 moindre \u00e9chelle). Mais c\u2019est surtout l\u2019entr\u00e9e en guerre contre l\u2019URSS par le d\u00e9clenchement de \u00ab\u00a0l\u2019Op\u00e9ration Barbarossa\u00a0\u00bb en juin 1941 qui explique la d\u00e9cision d\u2019Hitler de mettre fin \u00e0 l\u2019Op\u00e9ration T4 et de concentrer ses forces sur l\u2019\u00e9limination (<i>Vernichtungskrieg<\/i> guerre d\u2019an\u00e9antissement) de l\u2019ennemi jud\u00e9o-bolchevique qui menace l\u2019Allemagne de l\u2019int\u00e9rieur surtout avec l\u2019occupation des territoires d\u2019Europe de l\u2019Est qui s\u2019ouvrent \u00e0 l\u2019avanc\u00e9e allemande.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b><i><span style=\"text-decoration: underline;\">1941-1944<\/span><\/i><\/b><i><span style=\"text-decoration: underline;\">\u00a0; La Solution finale. <\/span><\/i><\/p>\n<p><b>Des massacres organis\u00e9s perp\u00e9tr\u00e9s par les Einsatzgruppen \u00e0 l\u2019extermination syst\u00e9matique dans les camps d\u2019extermination<\/b><\/p>\n<p>D\u00e8s juin 1941, Hitler concentre ses troupes sur le front de l\u2019Est o\u00f9 l\u2019arm\u00e9e rouge, prise au d\u00e9pourvu subit de lourdes pertes humaines et territoriales. Les prisonniers de guerre sovi\u00e9tiques seront intern\u00e9s dans les camps de concentration sur le territoire polonais dans des conditions \u00e9pouvantables, le nombre de ces camps ne cessant d\u2019augmenter entre 1941 et 1942. Parall\u00e8lement \u00e0 l\u2019avanc\u00e9e militaire, mais un peu en retrait par rapport \u00e0 celle-ci, Himmler met progressivement sur pieds des unit\u00e9s sp\u00e9ciales <i>les <b>Einsatzgruppen<\/b>.<\/i> Quatre commandos de <i>Einsatzgruppen <\/i>(A, B, C et D) sont r\u00e9partis sur tout le front qui s\u2019\u00e9tend de la Lituanie \u00e0 l\u2019Ukraine. Leur objectif est l\u2019\u00e9limination des communaut\u00e9s juives qui pars\u00e8ment ce territoire et \u00ab\u00a0gangr\u00e8nent l\u2019espace vital\u00a0\u00bb. Il s\u2019agit, pour reprendre l\u2019expression de Raul Hilberg dans son livre de r\u00e9f\u00e9rence <b><i>La destruction des Juifs d\u2019Europe<\/i><\/b><i> <\/i>(Fayard 1985) \u00ab\u00a0d\u2019op\u00e9rations mobiles de tuerie\u00a0\u00bb qui organisent des pogroms \u00e0 grande \u00e9chelle et \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition.<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0La population juive captur\u00e9e par les Einsatzgruppen, en majorit\u00e9 des femmes, des enfants et des vieillards (de nombreux hommes ont \u00e9t\u00e9 incorpor\u00e9s dans l\u2019Arm\u00e9e rouge), est rassembl\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cart de la bourgade ou de la ville. Auparavant, un d\u00e9tachement de \u00ab\u00a0travailleurs juifs\u00a0\u00bb avait \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9 creuser des fosses communes tandis qu\u2019un cordon policier se d\u00e9ployait autour du village ou du quartier (&#8230;) <\/i>les victimes juives emmen\u00e9es de force au point de rassemblement <i>s\u2019y d\u00e9shabillent, et se tenant au bord de la fosse, elles sont assassin\u00e9es par vagues successives sous le feu roulant du commando\u2026 \u00a0\u00bb<\/i><a title=\"\" href=\"#_ftn3\"><i>[3]<\/i><\/a><i><\/i><\/p>\n<p>Mais la m\u00e9thode des Einsatzgruppen, m\u00eame si elle se perfectionne, pose des probl\u00e8mes, non pas \u00e9thiques, mais pratiques aux dirigeants nazis\u00a0; dans un premier temps, aucune pr\u00e9caution n\u2019\u00e9tait prise pour cacher ces ex\u00e9cutions de masse \u00e0 la population locale, au contraire, il semblerait que de nombreux notables aient \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9s \u00e0 y assister comme s\u2019il s\u2019\u00e9tait agit d\u2019un spectacle et parfois m\u00eame \u00e0 y participer directement comme \u00e0 Kovno (Kaunas). Par ailleurs, les charniers br\u00fblant plusieurs jours d\u2019affil\u00e9e \u00e9taient souvent visibles de loin, comme \u00e0 <b>Babi Yar, <\/b>\u00a0dans les environs de Kiev o\u00f9 il a fallu trois jours pour exterminer la quasi-totalit\u00e9 des Juifs de Kiev ( pr\u00e8s de 35 000 morts entre le 28 et le 30 septembre 1941), les populations se plaignaient \u00e9galement de la pollution des eaux par les cadavres et le sang, et de l\u2019air par la fum\u00e9e et l\u2019odeur. Les autorit\u00e9s sont \u00e9galement confront\u00e9es \u00e0 un autre probl\u00e8me qui est celui de la r\u00e9adaptation sociale des hommes qui ont fait partie de ces Einsatzgruppen\u00a0; l\u2019alcool \u00e9tant devenu pour eux une ressource presque vitale qui leur \u00e9tait abondamment fournie tandis que la corruption et les pillages d\u00e9sorganis\u00e9s, allant \u00e0 l\u2019encontre de la discipline S.S., irritent les autorit\u00e9s du Reich. Dans son livre <b><i>Des hommes ordinaires<\/i><\/b> Christopher Browning rapporte les massacres commis par le 101\u00e9me bataillon de r\u00e9serve de l\u2019arm\u00e9e allemande alors qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient ni embrigad\u00e9s ni forc\u00e9s. Tr\u00e8s peu d\u2019Allemands ont refus\u00e9 de prendre part \u00e0 ces tueries, et ceux qui l\u2019ont fait n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 sanctionn\u00e9s mais simplement tenus \u00e0 l\u2019\u00e9cart lors des op\u00e9rations, auxquelles la plupart ont tout de m\u00eame fini par prendre part.<\/p>\n<p><b>Entre un million et un million et demi de Juifs ont ainsi \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s par les Einsatzgruppen<\/b>.<\/p>\n<p>A la fin de l\u2019ann\u00e9e 1941, la <i>Vernischtungskrieg<\/i> (guerre d\u2019an\u00e9antissement) prend une nouvelle dimension. Ce qui, du fait de l\u2019\u00e9tendue du territoire sovi\u00e9tique et de la dispersion des communaut\u00e9s juives, justifiait des \u00ab\u00a0op\u00e9rations mobiles\u00a0\u00bb perd son sens sur le territoire polonais o\u00f9 la tr\u00e8s forte concentration\u00a0 de Juifs dans les centres urbains rend plus \u00ab\u00a0rationnel\u00a0\u00bb leur regroupement dans des \u00ab<b>centres d\u2019extermination\u00a0<\/b>\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La <b>Conf\u00e9rence de Wannsee <\/b>\u00a0report\u00e9e au mois de janvier 1942 du fait de l\u2019entr\u00e9e en guerre des Etats-Unis en d\u00e9cembre 1941, ne fait que formaliser devant les cadres du r\u00e9gime l\u2019id\u00e9e de la <b>Solution finale du probl\u00e8me juif<\/b>. En r\u00e9alit\u00e9, d\u00e8s le mois de novembre 1941, le camp de <b>Chelmno<\/b> non loin de Lodz est mis en place. Son fonctionnement est \u00e0 plusieurs \u00e9gards tr\u00e8s particulier, les Juifs du Warthegau y sont gaz\u00e9s dans des camions par \u00e9mission de gaz d\u2019\u00e9chappement<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>. Les camions \u00e0 gaz, unit\u00e9s mobiles, n\u2019\u00e9taient pas utilis\u00e9s dans les autres camps qui ont peu \u00e0 peu install\u00e9 des structures fixes d\u2019extermination massive.<\/p>\n<p>Avec l\u2019arr\u00eat de l\u2019Op\u00e9ration T4 en Allemagne, les techniciens et administrateurs qui avaient particip\u00e9 \u00e0 cette op\u00e9ration d\u2019\u00e9limination des malades mentaux par le gaz, ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s en Pologne, (comme c\u2019est tr\u00e8s bien montr\u00e9 dans le film <i>Amen <\/i>de Costa-Gavras 2002), pour r\u00e9soudre des probl\u00e8mes de d\u00e9sinfection au sein de l\u2019arm\u00e9e et qui contribueront \u00e0 la mise en place des structures d\u2019extermination massive de population par le gaz.<\/p>\n<p>Deux mois apr\u00e8s la conf\u00e9rence de Wannsee, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 partir de mars 1942 d\u00e9bute l\u2019<b><i>Aktion Reinhard\u00a0<\/i><\/b> (du nom de Reinhard Heydrich qui en est l\u2019instigateur et qui a \u00e9t\u00e9 entre-temps abattu par la r\u00e9sistance tch\u00e8que). Elle vise \u00e0 mettre en place <b>les trois centres d\u2019extermination<\/b> (Belzec, Treblinka et Sobibor) dans lesquels les Juifs sont imm\u00e9diatement tu\u00e9s par l\u2019utilisation des chambres \u00e0 gaz. Le but unique de ces camps est la mort imm\u00e9diate et syst\u00e9matique de tous les Juifs (femmes, enfants et vieillards en priorit\u00e9). Ces camps, mis en place sous le contr\u00f4le du G\u00e9n\u00e9ral S.S.Globocnik et du capitaine S.S. C.Wirth, sont \u00e0 distinguer des camps de concentration diss\u00e9min\u00e9s sur le territoire allemand et polonais et dont le but n\u2019est pas la mort syst\u00e9matique mais la mort par l\u2019\u00e9puisement. Seuls deux camps sont mixtes ce qui signifie qu\u2019ils pratiquaient l\u2019extermination syst\u00e9matique mais \u00e9galement la concentration des d\u00e9port\u00e9s, ce sont les camps de Auschwitz-Birkenau et Majdanek, o\u00f9 \u00e9tait pratiqu\u00e9e une <i>S\u00e9lection<\/i> qui accordait un \u00ab\u00a0sursit\u00a0\u00bb et une parenth\u00e8se de survie dans le camp \u00e0 seulement 10% (en moyenne) des d\u00e9port\u00e9s.<\/p>\n<p>&#8211; Mars 1942, le camp de <b>Belzec <\/b>est activ\u00e9 y sont envoy\u00e9s les Juifs de Galicie et de la r\u00e9gion de Lvov<\/p>\n<p>&#8211; Avril-mai, c\u2019est au tour de <b>Sobibor <\/b>\u00e0 la fronti\u00e8re avec la Bi\u00e9lorussie<\/p>\n<p>&#8211; Juillet, <b>Treblinka<\/b> entre en fonction avec l\u2019\u00e9puration du ghetto de Varsovie (de juillet \u00e0 septembre 1942).<\/p>\n<p>Ces camps n\u2019ont fonctionn\u00e9 qu\u2019un an, les structures d\u2019extermination et les quelques baraques qui forment le camp sont d\u00e9mantel\u00e9es \u00e0 l\u2019automne 1943. <b>En moins de 18 mois, pr\u00e8s de un million et\u00a0 demi de Juifs en majorit\u00e9 polonais sont gaz\u00e9s d\u00e8s leur arriv\u00e9e au camp<\/b>. A <b>Belzec, ce sont pr\u00e8s de 600 000 Juifs <\/b>\u00e0 un rythme de 5 000 par jour. Aujourd\u2019hui il ne reste pratiquement aucune trace de ce massacre. A <b>Sobibor, ce sont 250 000 Juifs<\/b>, pas uniquement polonais (des Hollandais, Fran\u00e7ais, Slovaques et surtout pratiquement tous les Juifs de Vilna en Lituanie et de Minsk en Bi\u00e9lorussie qui \u00e9taient des grands centres du juda\u00efsme ashk\u00e9naze d\u2019avant guerre) sont extermin\u00e9s. Le <b>14 octobre 1943, les 300 Juifs du Sonderkommando<\/b> (commando sp\u00e9cial travaillant dans la structure d\u2019extermination, qui sont les seuls d\u00e9tenus vivants, dans le camp, avec ceux travaillant au \u2018Kanada\u2019, zone de stockage des effets personnels) <b>se r\u00e9voltent<\/b>, 200 parviennent \u00e0 s\u2019\u00e9chapper, seulement 30 \u00e0 survivre. Le camp est aussit\u00f4t d\u00e9truit. 10 S.S. ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p><b>\u00a0<\/b><b>\u00a0<\/b><\/p>\n<p><b>Treblinka et la r\u00e9volte du ghetto de Varsovie<\/b>.<\/p>\n<p>A Varsovie, o\u00f9 avant la guerre, un tiers de la population \u00e9tait juive, il ne reste plus en juillet 1942 dans le ghetto que 380 000 Juifs. Le 22 juillet d\u00e9bute la grande rafle du ghetto. <b>Adam Czerniakow, pr\u00e9sident du Judenrat<\/b> avait alors \u00e9t\u00e9 somm\u00e9 par les Allemands de livrer les 6 000 premiers Juifs qui partiraient de la gare de l\u2019Umschlagplatz. Le 23 juillet au soir, ayant refus\u00e9 de signer l\u2019ordre de d\u00e9portation, Czerniakow se suicide. Le 12 septembre, on a pu d\u00e9nombrer 300 000 personnes d\u00e9port\u00e9es \u00e0 Treblinka pour y \u00eatre imm\u00e9diatement gaz\u00e9es. <b>L\u2019Organisation Juive Combattante<\/b> (O.J.C. ou ZOB selon les initiales polonaises Zydowska Organizacja Bojowa), se constitue imm\u00e9diatement mais elle ne dispose d\u2019aucuns moyens, d\u2019aucune structure et la lutte quotidienne pour la survie dans le ghetto dans un climat de rafles quotidiennes rend pratiquement impossible toute action concert\u00e9e. Pourtant, en janvier 1943, l\u2019Organisation oppose aux nazis une premi\u00e8re action de r\u00e9sistance. Mais c\u2019est en avril alors que les Allemands pr\u00e9paraient la seconde op\u00e9ration de nettoyage du ghetto, qu\u2019a lieu le soul\u00e8vement du ghetto de Varsovie. Il ne reste plus \u00e0 ce moment dans le ghetto qu\u2019une poign\u00e9e de Juifs tr\u00e8s faiblement arm\u00e9e (les armes achet\u00e9es \u00e0 prix d\u2019or \u00e0 la r\u00e9sistance polonaise sont souvent obsol\u00e8tes et les munitions font cruellement d\u00e9faut). Le <b>19 avril 1943<\/b>, sous le commandement de <b>Mordechai Anielewicz<\/b>, d\u00e9bute l\u2019insurrection. Elle durera jusqu\u2019au 8 mai 1943 ce qui en soi constitue une victoire pour des Juifs qui n\u2019avaient absolument aucun espoir devant des SS aid\u00e9s par des Lettons et des Ukrainiens surentra\u00een\u00e9s et b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019un armement lourd et sophistiqu\u00e9. Le ghetto est progressivement br\u00fbl\u00e9 et finalement enti\u00e8rement ras\u00e9. Le commandement de l\u2019OJC retranch\u00e9 dans le <b>Bunker de la rue Mila n\u00b018<\/b> encercl\u00e9 par des chars allemands, choisit le suicide\u00a0 Les archives du ghetto conserv\u00e9es et recueillies scrupuleusement par <b>Emmanuel Ringelblum<\/b> et son cercle culturel Oneg Shabbath sont une source pr\u00e9cieuse pour la connaissance de l\u2019histoire du ghetto. Le ghetto de Varsovie n\u2019est pas le seul \u00e0 s\u2019\u00eatre r\u00e9volt\u00e9, \u00e0 Minsk, \u00e0 Vilno et \u00e0 Bialystok (et d\u2019autres), des r\u00e9voltes similaires ont \u00e9clat\u00e9 d\u00e8s 1942 avec la m\u00eame force du d\u00e9sespoir et aussi la m\u00eame conscience absolue et froide que la survie \u00e9tait impossible. Le 02 ao\u00fbt 1943, le Sonderkommando de Treblinka se r\u00e9volte \u00e0 son tour. Pour Marek Edelman, seul survivant aujourd\u2019hui des chefs de l\u2019OJC, se r\u00e9volter \u00e9tait tout au plus \u00ab\u00a0choisir sa fa\u00e7on de mourir\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><b>Auschwitz-Birkenau<\/b><\/p>\n<p>Le camp d\u2019Auschwitz est cr\u00e9e le 27 avril 1940 sur le site d\u2019une ancienne caserne militaire proche d\u2019un n\u0153ud ferroviaire important \u00e0 50 de km de Cracovie, dans la ville de Oswiecim<b>. Rudolf H\u00f6ss<\/b> qui commandait jusque l\u00e0 le camp de Sachsenhausen, est charg\u00e9 de la direction du nouveau camp. Les prisonniers de guerre sovi\u00e9tiques, les Polonais suspect\u00e9s d\u2019appartenir une organisation r\u00e9sistante constituent, la premi\u00e8re ann\u00e9e, la principale population concentrationnaire. Avant 1942, Auschwitz ne diff\u00e8re en rien d\u2019un camp de concentration pour prisonniers politiques. En mars 1941, Himmler ordonne l\u2019agrandissement du camp sur le site du village voisin de Brzezinka (<b>Birkenau ou Auschwitz II<\/b>) un troisi\u00e8me camp est construit en avril 1941 pour servir l\u2019usine IG Farben qui utilise cette main d\u2019\u0153uvre servile et corv\u00e9able \u00e0 merci (<b>Buna-Monowitz ou Auschwitz III<\/b>).<\/p>\n<p>Une premi\u00e8re exp\u00e9rience de gazage au Zyklon B sur les prisonniers sovi\u00e9tiques a lieu dans le sous-sol du Block 11 de Auschwitz (I) le 03 septembre 1941. La premi\u00e8re chambre \u00e0 gaz est construite \u00e0 Auschwitz I. En f\u00e9vrier 1942, arrivent les premiers convois de Juifs (Haute Sil\u00e9sie, Slovaquie) dans le camp de Birkenau. D\u00e9butent alors les op\u00e9rations de mise \u00e0 mort dans des chambres \u00e0 gaz install\u00e9es dans d\u2019anciennes fermes qui deviennent en mars 1942 le <b>Bunker 1 <\/b>(la \u00ab\u00a0maison \u00ab\u00a0rouge\u00a0\u00bb)<b> <\/b>et<b> <\/b>en juin le <b>Bunker 2 <\/b>(la \u00ab\u00a0maison blanche\u00a0\u00bb)<b>.<\/b>\u00a0 A partir de juillet 1942, les Juifs envoy\u00e9s \u00e0 Birkenau sont s\u00e9lectionn\u00e9s par un m\u00e9decin (le m\u00e9decin en chef \u00e9tant le Docteur Mengele) \u00e0 la descente du train, sur la <b>Judenrampe<\/b>. Environ\u00a0 20%<b> <\/b>des d\u00e9port\u00e9s entrent effectivement dans le camp pour y travailler, les autres \u00e9tant envoy\u00e9s directement \u00e0 la chambre \u00e0 gaz. Le camp de Birkenau s\u2019agrandit rapidement, au printemps 1943, quatre \u00ab\u00a0complexes de mort\u00a0\u00bb ou <i>Kr\u00e9matorium <\/i>\u00a0sont construits pour rendre plus efficace la machine de mort industrialis\u00e9e. Ces usines de mort r\u00e9unissent\u00a0; chambre de d\u00e9shabillage, chambre \u00e0 gaz, chambre d\u2019entrep\u00f4t des corps et fours cr\u00e9matoires. Avec les <b>Krema II, III, IV et V<\/b>, Birkenau devient le plus grand centre de mise \u00e0 mort jamais imagin\u00e9. Par ailleurs, \u00e0 la diff\u00e9rence des camps de l\u2019op\u00e9ration Reinhard (Treblinka, Sobibor et Belzec) Birkenau est \u00e9galement un camp de concentration pour la minorit\u00e9 de d\u00e9port\u00e9s s\u00e9lectionn\u00e9s (temporairement) pour le travail. C\u2019est avec Majdanek, le seul camp mixte de ce type. Cet immense camp a ainsi pu loger pr\u00e8s de 150 000 personnes en m\u00eame temps. Par ailleurs, Auschwitz-Birkenau devient le centre d\u2019ex\u00e9cution principal des Juifs provenant de toute l\u2019Europe. Le r\u00e9seau ferroviaire acheminant des Juifs dans des wagons \u00e0 bestiaux s\u2019\u00e9largit. Au printemps 1944, pour faire face de mani\u00e8re plus efficace \u00e0 l\u2019afflux massif de Juifs hongrois (qui avaient \u00e9t\u00e9 jusque l\u00e0 \u00e9pargn\u00e9s par le r\u00e9gime collaborationniste de Horthy), H\u00f6ss ordonne la construction d\u2019une voie ferr\u00e9e jusque dans l\u2019int\u00e9rieur du camp. A peu pr\u00e8s 400 000 Juifs hongrois seront ainsi tu\u00e9s entre mai et juillet 1944 (le Bunker 2 a m\u00eame d\u00fb \u00eatre temporairement r\u00e9activ\u00e9).<\/p>\n<p>Le camp de Auschwitz-Birkenau est <b>lib\u00e9r\u00e9 le 25 janvier 1945<\/b> par les troupes Sovi\u00e9tiques qui n\u2019y trouvent que quelques d\u00e9port\u00e9s affam\u00e9s et moribonds. Le 18 janvier, devant l\u2019avanc\u00e9e Sovi\u00e9tique, les Allemands d\u00e9cident de faire \u00e9vacuer le camp pour amener les d\u00e9port\u00e9s dans des camps en Allemagne. Plus de 60\u00a0000 personnes sont ainsi \u00e9vacu\u00e9es \u00e0 pied. L\u2019\u00e9puisement, la faim et le froid (d\u2019un des hivers les plus froids qu\u2019ait connue la Pologne) font des milliers de victimes abattues par les SS aux premiers signes de faiblesse, pendant ces quelques jours de marche, nomm\u00e9e par la suite <b>Marche de la mort.<\/b> Les d\u00e9port\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9partis par la suite dans des camps en Allemagne (notamment Bergen Belsen, Buchenwald, Ravensbruck, Mauthausen) d\u2019o\u00f9 ils seront lib\u00e9r\u00e9s trois mois plus tard par les troupes anglo-am\u00e9ricaines. Le fait que ces d\u00e9port\u00e9s aient \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9s par les Alli\u00e9s dans des camps de concentration a aliment\u00e9 longtemps la confusion, v\u00e9hicul\u00e9e notamment par les images de la Lib\u00e9ration, entre d\u00e9port\u00e9s politiques et d\u00e9port\u00e9s raciaux et entre camps d\u2019extermination et camps de concentration.<\/p>\n<p><b>Environ 1 300 000 Juifs sont morts dans les chambres \u00e0 gaz d\u2019Auschwitz-Birkenau et 150\u00a0000 sont morts de maladie, faim et mauvais traitements.<\/b><\/p>\n<p>Si ce crime a malheureusement touch\u00e9 avant tout les Juifs, il n&#8217;en concerne pas moins l&#8217;humanit\u00e9 dans son ensemble car \u00e0 Auschwitz c&#8217;est la dignit\u00e9 de l&#8217;homme que l&#8217;on a voulu transformer en fum\u00e9e. La mort industrialis\u00e9e organis\u00e9e par un appareil d&#8217;\u00e9tat, n&#8217;est pas une parenth\u00e8se, un &#8220;d\u00e9tail&#8221;, ou une erreur dans le cheminement lin\u00e9aire de l&#8217;histoire, mais c&#8217;est bien l&#8217;aboutissement d&#8217;un processus historique et d&#8217;un encha\u00eenement de causes. C&#8217;est en cela que le &#8220;devoir de vigilance&#8221; doit \u00eatre accompagn\u00e9 d&#8217;un travail de m\u00e9moire, pas tant pour les g\u00e9n\u00e9rations pass\u00e9es que pour les g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[1]<\/a> Cf. <i>Les Carnets d\u2019Adam Czerniakow<\/i> qui \u00e9tait le Pr\u00e9sident du Judenrat de Varsovie et qui s\u2019est suicid\u00e9 au moment de la grande rafle du ghetto.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[2]<\/a> Cf. la premi\u00e8re partie du film <i>Amen<\/i> de Costa-Gavras<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[3]<\/a> In <i>Histoire de la Shoah <\/i>\u00a0de Georges Bensoussan, Que sais-je, PUF, 1996<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[4]<\/a> Le court m\u00e9trage de Januscz Morgenstern <i>Ambulanz<\/i> qui s\u2019inspire de l\u2019histoire de Janusz Korczak mais en le situant \u00e0 Chelmno, illustre cette \u00ab\u00a0m\u00e9thode\u00a0\u00bb d\u2019une mani\u00e8re \u00e0 la fois bouleversante et juste.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[5]<\/a> Voir \u00e0 ce sujet le film de Claude Lauzmann <i>Sobibor\u00a0<\/i><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[1]<\/a>\u00a0 Ce titre reprend celui du\u00a0 livre de Avraham Barkai\u00a0 <i><span style=\"text-decoration: underline;\">Du boycottage \u00e0 l\u2019\u00e9puration<\/span><\/i><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La mise en place de la solution finale, Voyage de la M\u00e9moire 2004, Union des Etudiants Juifs de France. L\u2019organisation du syst\u00e8me r\u00e9pressif nazi Nous ne reviendrons pas ici sur les fondements de l\u2019id\u00e9ologie nazie en tant que paroxysme du racisme biologique. 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