{"id":2557,"date":"2026-04-28T16:14:30","date_gmt":"2026-04-28T14:14:30","guid":{"rendered":"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/?p=2557"},"modified":"2026-04-28T18:21:01","modified_gmt":"2026-04-28T16:21:01","slug":"entretien-avec-myriam-ackermann-sommer-sur-la-traduction-dorthodoxie-et-feminisme-agrandir-le-palais-de-la-torah-propos-recueillis-par-marianne-cense","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/entretien-avec-myriam-ackermann-sommer-sur-la-traduction-dorthodoxie-et-feminisme-agrandir-le-palais-de-la-torah-propos-recueillis-par-marianne-cense\/","title":{"rendered":"Agrandir le Palais de la Torah ? Entretien avec Myriam Ackermann-Sommer"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"2557\" class=\"elementor elementor-2557\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-07914a6 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"07914a6\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-ab54bfb elementor-widget elementor-widget-heading elh-el heading\" data-id=\"ab54bfb\" data-element_type=\"widget\" data-settings=\"{&quot;design_style&quot;:&quot;style_3&quot;}\" data-widget_type=\"heading.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t        <div class=\"tf-section-heading tf-section-heading__with-border pl-65\">\n            <h2 class=\"tf-title mb-0\">Les \u00e9ditions Calmann-L\u00e9vy ont publi\u00e9 en f\u00e9vrier Orthodoxie et f\u00e9minisme, essai de Tamar Ross, philosophe am\u00e9ricaine et sp\u00e9cialiste de la pens\u00e9e juive et des questions f\u00e9ministes. \u00c0 cette occasion, nous nous entretenons avec Myriam Ackermann-Sommer, rabbin et docteure en litt\u00e9rature anglaise, qui a traduit et pr\u00e9fac\u00e9 l\u2019ouvrage.\u00a0\u00a0                <span class=\"border-shape hide-after\"><\/span>\n            <\/h2>\n        <\/div>\n\n        \n        \t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-48e31dcc e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"48e31dcc\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-1d488996 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"1d488996\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p><b>Marianne Cense<\/b><span style=\"font-weight: 400;\"> : <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">Tamar Ross est encore peu connue en France bien qu\u2019elle soit une chercheuse reconnue tant aux \u00c9tats-Unis qu\u2019en Isra\u00ebl, o\u00f9 elle enseigne par ailleurs. Votre traduction de son ouvrage inaugure ainsi son entr\u00e9e dans le monde de l\u2019\u00e9dition fran\u00e7aise apr\u00e8s une traduction d\u2019un article dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Pard\u00e8s<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, pourquoi avez-vous souhait\u00e9 pr\u00e9senter son essai au public fran\u00e7ais ?<\/span><\/p><p>\u00a0<\/p><p><b>Myriam Ackermann-Sommer<\/b><span style=\"font-weight: 400;\"> : <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">J\u2019ai d\u00e9couvert Tamar Ross lors de mon premier s\u00e9jour aux \u00c9tats-Unis en 2019. Je n\u2019avais encore jamais lu de r\u00e9ponses conceptuelles aux questions f\u00e9ministes dans la pens\u00e9e juive : le d\u00e9bat se focalisait sur des points de d\u00e9tail ou bien sur la question de la repr\u00e9sentation des femmes dans les textes. Tamar Ross a ouvert une voie, elle est parvenue \u00e0 bien cerner le probl\u00e8me et les applications et enjeux halakhiques en prenant une hauteur de vue surplombant les d\u00e9bats st\u00e9riles ou insatisfaisants. Le grand atout de son ouvrage, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Expanding the Palace of Torah : Orthodoxy and feminism<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, est son aspect synth\u00e9tique. Tamar Ross puise dans les grandes r\u00e9f\u00e9rences du f\u00e9minisme juif, notamment am\u00e9ricain, et en propose un tour d\u2019horizon. Elle cite entre autres Judith Plaskow, Rachel Adler ou encore Cynthia Ozick. Ces sources sont donc principalement des figures am\u00e9ricaines du f\u00e9minisme juif qui \u00e9crivent sur ces sujets, principalement dans les ann\u00e9es 1990 avec la publication d\u2019un certain nombre d\u2019essais majeurs qui n\u2019ont pas encore \u00e9t\u00e9 traduits en fran\u00e7ais, comme <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Standing Again at Sinai<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> (1990) de Plaskow, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Rereading the Rabbis: a Woman\u2019s Voice<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> (1997) de Judith Hauptmann, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Engendering Judaism<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> (1998) de Rachel Adler. Ces essayistes, romanci\u00e8res, philosophes ou th\u00e9ologiennes sont les repr\u00e9sentantes d\u2019une approche dite r\u00e9visionniste consistant \u00e0 relire les textes en attirant l\u2019attention sur leurs lacunes. C\u2019est une approche que Tamar Ross analyse puis cherche \u00e0 d\u00e9passer en en faisant appara\u00eetre les insuffisances. Elle propose ainsi dans son essai une r\u00e9ponse \u00e0 celles-ci, ce qui est d\u2019un grand int\u00e9r\u00eat pour comprendre les enjeux autour de la question des femmes dans le juda\u00efsme aujourd\u2019hui.<\/span><\/p><p>\u00a0<\/p><p><b>MC<\/b><span style=\"font-weight: 400;\"> : <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">Dans cet essai, Tamar Ross \u00e9tudie les modalit\u00e9s de l\u2019\u00e9volution de la place des femmes au sein de la tradition orthodoxe sans pour autant trahir cette m\u00eame tradition. Elle forge alors le concept de \u00ab r\u00e9v\u00e9lation cumulative \u00bb. Que signifie-t-il ?<\/span><\/p><p>\u00a0<\/p><p><b>MA : <\/b><span style=\"font-weight: 400;\">Le titre choisi par Tamar Ross, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Expanding the Palace of Torah<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> (\u00ab Agrandir le palais de la Torah \u00bb), exprime une id\u00e9e th\u00e9ologique innovante : la tradition peut int\u00e9grer des id\u00e9es nouvelles tout en pr\u00e9servant sa coh\u00e9rence interne. Ross s\u2019inscrit ici dans la lign\u00e9e de la pens\u00e9e du rav Abraham Isaac Kook, son ma\u00eetre spirituel, dont elle reprend l\u2019intuition d\u2019une r\u00e9v\u00e9lation cumulative : la r\u00e9v\u00e9lation divine ne se r\u00e9duit pas \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement clos dans le pass\u00e9, mais continue de se d\u00e9ployer progressivement dans l\u2019histoire et dans la conscience religieuse d\u2019Isra\u00ebl.<\/span> <span style=\"font-weight: 400;\">Autrement dit, les id\u00e9es nouvelles ne sont pas introduites comme des ruptures ext\u00e9rieures, mais comme des extensions de la tradition elle-m\u00eame. La fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la Torah ne consiste pas \u00e0 figer son sens, mais \u00e0 permettre \u00e0 son interpr\u00e9tation de s\u2019\u00e9largir \u00e0 mesure que l\u2019horizon intellectuel et moral \u00e9volue.<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u00a0<\/span><\/p><p>\u00a0<\/p><p><span style=\"font-weight: 400;\">C\u2019est ainsi que Tamar Ross d\u00e9veloppe explicitement le concept de r\u00e9v\u00e9lation cumulative, qui s\u2019oppose \u00e9galement \u00e0 l\u2019id\u00e9e selon laquelle la r<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u00e9v\u00e9lation (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">maamad har Sinai<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">), \u00e9v\u00e9nement central du don de la Torah, doit \u00eatre uniquement comprise selon des bornes historiques fig\u00e9es et fixes. <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">D\u2019apr\u00e8s cette premi\u00e8re approche, le contexte du Sina\u00ef est une r\u00e9f\u00e9rence absolue et toute \u00e9volution du syst\u00e8me serait per\u00e7ue comme anormale. Or, l\u2019id\u00e9e de la r\u00e9v\u00e9lation cumulative pense ces bornes de telle mani\u00e8re que si la r\u00e9v\u00e9lation divine ne se limite pas \u00e0 un moment unique dans le pass\u00e9, la compr\u00e9hension humaine de la r\u00e9v\u00e9lation se d\u00e9veloppe au fil de l\u2019histoire. Dans ce sens, les \u00e9volutions de la soci\u00e9t\u00e9, parmi lesquelles le f\u00e9minisme, peuvent \u00eatre con\u00e7ues comme une nouvelle \u00e9tape dans la compr\u00e9hension de la volont\u00e9 divine. Les changements de perspectives pourraient appeler une lecture diff\u00e9rente des textes. C\u2019est ainsi que les revendications f\u00e9ministes ne sont pas forc\u00e9ment une rupture avec la tradition, mais une expansion de celle-ci.<\/span><\/p><p><span style=\"font-weight: 400;\">Tamar Ross va alors m\u00eame plus loin : comme les transformations morales de l\u2019histoire peuvent r\u00e9v\u00e9ler des dimensions nouvelles de la volont\u00e9 divine, une valeur apparue dans le monde ext\u00e9rieur n\u2019est pas forc\u00e9ment une invention dangereuse sur laquelle il serait dangereux de se calquer. Selon la <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">halakha<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, le principe de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">houkat hagoy<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> interdit d\u2019adopter certaines pratiques provenant des peuples \u00e9trangers. Mais Ross les pense comme pouvant \u00eatre une \u00e9tape dans la compr\u00e9hension progressive de la Torah. Dans ce sens, une id\u00e9e venue de la soci\u00e9t\u00e9 environnante n\u2019est pas automatiquement <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">houkat hagoy<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> : elle peut aussi \u00eatre un d\u00e9veloppement interne de la r\u00e9v\u00e9lation.<\/span><\/p><p>\u00a0<\/p><p><b>MC<\/b><span style=\"font-weight: 400;\"> : <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">Tamar Ross accorde une importance ind\u00e9niable \u00e0 l\u2019\u00e9tude, qu\u2019elle articule avec le concept de r\u00e9v\u00e9lation cumulative. Pourquoi mettre l\u2019accent sur l\u2019acc\u00e8s des femmes au <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">limoud<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00a0?<\/span><\/p><p>\u00a0<\/p><p><b>MA<\/b><span style=\"font-weight: 400;\"> : <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">L\u2019enjeu est d\u2019abord personnel pour elle, puisqu\u2019elle est issue du milieu orthodoxe, o\u00f9 l\u2019\u00e9tude du Talmud est traditionnellement r\u00e9serv\u00e9e aux hommes et inaccessible aux femmes. Toutefois, son p\u00e8re, rabbin \u00e0 Detroit, lui a permis d\u2019acc\u00e9der aux textes, lui offrant la possibilit\u00e9 <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">d&#8217;avoir acc\u00e8s \u00e0 une \u00e9ducation religieuse compl\u00e8te, incluant notamment les sources de la Torah orale<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">. De cette mani\u00e8re, elle s\u2019est rendu compte que cet acc\u00e8s \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre la norme pour les filles et femmes de son entourage, ce qui fut un moment charni\u00e8re de son rapport aux questions f\u00e9ministes.<\/span><\/p><p><span style=\"font-weight: 400;\">Partant de ce constat, elle d\u00e9veloppe l\u2019id\u00e9e selon laquelle, d\u00e8s lors que les femmes n\u2019ont pas acc\u00e8s aux textes fondateurs, <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">elles ne prennent pas conscience de l&#8217;\u00e9tendue de leur exclusion et des sp\u00e9cificit\u00e9s de leur statut dans la tradition.<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> L\u2019acc\u00e8s aux textes permet aux femmes de d\u00e9velopper leur pens\u00e9e th\u00e9ologique, d\u2019identifier les points de vue des sages qui sont pour la majorit\u00e9, sinon l\u2019int\u00e9gralit\u00e9, des hommes, et de proposer des interpr\u00e9tations nouvelles et pertinentes.<\/span><\/p><p><span style=\"font-weight: 400;\">C\u2019est dans ce sens que la r\u00e9v\u00e9lation cumulative est essentiellement li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tude. Elle int\u00e8gre la perspective des femmes qui n\u2019ont pas eu jusqu\u2019ici voix au chapitre. Il s\u2019agit de faire grandir de l\u2019int\u00e9rieur des voix qui peuvent se prononcer sur les textes. L\u2019inclusion des femmes n\u2019est pas un import ext\u00e9rieur, anormal, mais une expansion naturelle et interne de la r\u00e9v\u00e9lation divine, coh\u00e9rente avec le principe de r\u00e9v\u00e9lation cumulative. Car, tant que les femmes sont exclues de l&#8217;\u00e9tude, elles sont priv\u00e9es de participer \u00e0 ce processus de r\u00e9v\u00e9lation et d\u2019interpr\u00e9tation.<\/span><\/p><p>\u00a0<\/p><p><b>MC<\/b><span style=\"font-weight: 400;\"> : <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">Bien qu\u2019il semble y avoir un malaise exprim\u00e9 de la part des femmes juives quant au r\u00f4le qui leur est parfois assign\u00e9 ou \u00e0 l\u2019inverse refus\u00e9, il n\u2019en demeure pas moins que penser la place des femmes dans le juda\u00efsme et plus particuli\u00e8rement au sein de l\u2019orthodoxie est un sujet souvent vecteur de tensions, voire de conflits plus ou moins tus. Comment expliquer la crispation autour de ces enjeux ?<\/span><\/p><p>\u00a0<\/p><p><b>MA<\/b><span style=\"font-weight: 400;\"> : <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">Nous pouvons penser \u00e0 l\u2019exemple du <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">kiddouch <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">: l\u2019homme est traditionnellement celui qui le r\u00e9cite, il est rare voire parfois choquant qu\u2019une femme s\u2019en charge. Or, la <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">halakha<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> permet explicitement \u00e0 une femme de le faire. Donc il n\u2019est pas seulement question de l\u2019interpr\u00e9tation des textes mais de comment on a h\u00e9rit\u00e9 des r\u00f4les cultuels et rituels. On a l\u2019impression que le volontarisme des femmes d\u2019en faire plus, de participer ou d\u2019accomplir des t\u00e2ches qui sont habituellement effectu\u00e9es par des hommes, est per\u00e7u comme un empi\u00e8tement <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">sur des r\u00f4les traditionnellement per\u00e7us comme masculin, ce qui peut permettre d&#8217;expliquer certaines crispations communautaires.<\/span><\/p><p>\u00a0<\/p><p><span style=\"font-weight: 400;\">Le rabbin Saul Berman explique \u00e0 ce sujet que les hommes ont toujours \u00e9t\u00e9 assign\u00e9s \u00e0 la sph\u00e8re de l\u2019\u00e9tude tandis qu\u2019aux femmes revenait principalement la sph\u00e8re du foyer. Elles ne sont pas soumises aux commandements positifs li\u00e9s au temps (comme la mise des <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">tefillin<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">), essentiellement pour pr\u00e9server leur \u201cr\u00f4le prot\u00e9g\u00e9\u201d aupr\u00e8s de leur famille, mais cette dispense n\u2019\u00e9quivaut pas \u00e0 une interdiction. Il est int\u00e9ressant de remarquer que si elles en ont \u00e9t\u00e9 exempt\u00e9es, le Talmud ne dit pas pourquoi. Mais, par la suite, des commentateurs ont pr\u00e9suppos\u00e9 que cela \u00e9tait li\u00e9 au fait qu\u2019elles ne disposent pas de leur temps de la m\u00eame mani\u00e8re que les hommes, notamment du fait du caract\u00e8re tr\u00e8s prenant des soins apport\u00e9s aux enfants, ou du fait que leur temps ait historiquement pu \u00eatre subordonn\u00e9 \u00e0 leur mari.\u00a0<\/span><\/p><p>\u00a0<\/p><p><b>MC<\/b><span style=\"font-weight: 400;\"> : <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">Vous \u00eates vous-m\u00eame rabbin orthodoxe. Vous avez re\u00e7u la <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">semikha<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> [l\u2019ordination rabbinique] cl\u00f4turant de nombreuses ann\u00e9es d\u2019\u00e9tudes approfondies et exigeantes au sein d\u2019une <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">yeshiva<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> orthodoxe r\u00e9put\u00e9e aux \u00c9tats-Unis. Que dit la <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">halakha<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> de la possibilit\u00e9 pour une femme d\u2019\u00eatre rabbin ? Et qu\u2019en est-il du statut de femme rabbin orthodoxe en France ?<\/span><\/p><p>\u00a0<\/p><p><b>MA<\/b><span style=\"font-weight: 400;\"> : <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">En France il n\u2019y a tout d\u2019abord ni reconnaissance ni \u00ab non-reconnaissance \u00bb de la fonction de rabbin attribu\u00e9e \u00e0 une femme. Il n\u2019y a pas de position officielle de la part du Consistoire quant aux femmes rabbins : elles \u00e9voluent donc en marge des institutions puisque qu\u2019aucune circulaire n\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00e9mise \u00e0 ce sujet. Cela pour une raison tr\u00e8s simple : il n\u2019y a pas de raison halakhique d\u2019interdire \u00e0 une femme d\u2019\u00eatre rabbin. Dans la tradition cela constitue simplement une <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">mesorah<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> n\u00e9gative, c\u2019est-\u00e0-dire un usage h\u00e9rit\u00e9 de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration m\u00eame si au sujet des femmes rabbins aucun texte ne l\u2019interdit. Or, depuis une perspective contemporaine et en nous fondant sur le concept de r\u00e9v\u00e9lation cumulative, si ce n\u2019est pas interdit alors nous pouvons consid\u00e9rer qu\u2019il y a l\u00e9galement l\u2019espace pour le faire. Nous pouvons donc tout \u00e0 fait concilier un juda\u00efsme orthopraxe, strictement respectueux de la <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">halakha<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, qui inclut les femmes dans l\u2019\u00e9tude ainsi que dans certaines fonctions jusqu\u2019ici souvent occup\u00e9es uniquement par des hommes.<\/span><\/p><p>\u00a0<\/p><p><b>MC<\/b><span style=\"font-weight: 400;\"> : <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">Tamar Ross ach\u00e8ve son essai par quelques r\u00e9flexions sur les perspectives d\u2019avenir offertes par les voies ouvertes pour les femmes au sein du juda\u00efsme orthodoxe, dans le cadre culturel notamment. De votre c\u00f4t\u00e9, que pensez-vous que repr\u00e9sentent aujourd\u2019hui ces voies dans le paysage du juda\u00efsme, notamment fran\u00e7ais ?<\/span><\/p><p>\u00a0<\/p><p><b>MA<\/b><span style=\"font-weight: 400;\"> : <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">Tamar Ross a \u00e9crit cet essai il y a d\u00e9j\u00e0 vingt ans, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 il y avait encore peu de place pour les femmes rabbins et d\u00e9cisionnaires. Donc aujourd\u2019hui les perspectives ont \u00e9volu\u00e9, par exemple la premi\u00e8re femme ordonn\u00e9e rabbin orthodoxe le fut en 2009. Depuis une <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">yeshiva <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">telle que la <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">yeshivat <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">Maharat dans laquelle j\u2019ai \u00e9t\u00e9 form\u00e9e a conduit cent femmes jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ordination. De plus en plus de femmes ont acc\u00e8s \u00e0 ces r\u00f4les, surtout aux \u00c9tats-Unis et en Isra\u00ebl. Il est aussi notable que le grand-rabbinat isra\u00e9lien, autorit\u00e9 supr\u00eame du juda\u00efsme en Isra\u00ebl, ait pris fin 2025 une d\u00e9cision historique, celle d\u2019accorder aux femmes l\u2019acc\u00e8s aux examens du rabbinat. Cela atteste qu\u2019elles sont en mesure d\u2019acqu\u00e9rir le m\u00eame niveau de connaissance qu\u2019un rabbin homme. Finalement la question qui se pose aujourd\u2019hui est celle du nombre de femmes qui, une fois ordonn\u00e9es rabbins, vont \u00eatre accueillies \u00e0 la t\u00eate de communaut\u00e9s.<\/span><\/p><p>\u00a0<\/p><p><span style=\"font-weight: 400;\">Concernant la France, plusieurs femmes ont \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9es rabbins orthodoxes, comme Hannah Ruimy ou Evelyne Oliel Grausz, et plusieurs \u00e9tudient en ce moment \u00e0 la <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">yeshivat <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">Maharat. Elles repr\u00e9sentent une nouvelle voie qui s\u2019ouvre et prend ses marques au sein du juda\u00efsme fran\u00e7ais. Ces femmes prennent la t\u00eate de communaut\u00e9s plus participatives qui ouvrent enfin les portes du monde de l&#8217;\u00e9tude aux femmes, telles que Libah \u00e0 Paris, ou encore Ayeka, que j\u2019ai fond\u00e9 avec mon mari, le rabbin \u00c9mile Ackermann.\u00a0<\/span><\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les \u00e9ditions Calmann-L\u00e9vy ont publi\u00e9 en f\u00e9vrier Orthodoxie et f\u00e9minisme, essai de Tamar Ross, philosophe am\u00e9ricaine et sp\u00e9cialiste de la pens\u00e9e juive et des questions f\u00e9ministes. \u00c0 cette occasion, nous nous entretenons avec Myriam Ackermann-Sommer, rabbin et docteure en litt\u00e9rature anglaise, qui a traduit et pr\u00e9fac\u00e9 l\u2019ouvrage. Marianne Cense : Tamar Ross est encore peu connue en France bien qu\u2019elle soit une chercheuse reconnue tant&#8230; <\/p>\n<p class=\"more\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/entretien-avec-myriam-ackermann-sommer-sur-la-traduction-dorthodoxie-et-feminisme-agrandir-le-palais-de-la-torah-propos-recueillis-par-marianne-cense\/\">Read More<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":51,"featured_media":2570,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"ngg_post_thumbnail":0,"spay_email":"","footnotes":""},"categories":[34],"tags":[],"class_list":["post-2557","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-entretiens","is-cat-link-borders-light is-cat-link-rounded"],"acf":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/files\/2026\/04\/8d1c5ef3-aa4c-4f58-ab56-64e51b89f9cc.jpg","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2557","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/wp-json\/wp\/v2\/users\/51"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2557"}],"version-history":[{"count":13,"href":"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2557\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2572,"href":"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2557\/revisions\/2572"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2570"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2557"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2557"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2557"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}