{"id":2255,"date":"2026-02-26T16:46:13","date_gmt":"2026-02-26T15:46:13","guid":{"rendered":"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/?p=2255"},"modified":"2026-03-01T19:36:54","modified_gmt":"2026-03-01T18:36:54","slug":"sous-les-missiles-elles-scannent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/sous-les-missiles-elles-scannent\/","title":{"rendered":"Sous les missiles, elles scannent"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"2255\" class=\"elementor elementor-2255\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-7cf4bdf3 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"7cf4bdf3\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-16db529 elementor-widget elementor-widget-heading elh-el heading\" data-id=\"16db529\" data-element_type=\"widget\" data-settings=\"{&quot;design_style&quot;:&quot;style_3&quot;}\" data-widget_type=\"heading.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t        <div class=\"tf-section-heading tf-section-heading__with-border pl-65\">\n            <h2 class=\"tf-title mb-0\">\u00c0 Kyiv, \u00e0 l\u2019archive de l\u2019Institut d\u2019arch\u00e9ologie de l\u2019Acad\u00e9mie nationale des sciences d\u2019Ukraine, Oleksandra Buzko dirige une petite \u00e9quipe de trois femmes. Leur mission consiste \u00e0 mettre en ligne le patrimoine visuel de leur institut, de peur que l\u2019impensable ne survienne. Chaque document num\u00e9ris\u00e9 devient un geste de r\u00e9sistance silencieux.                <span class=\"border-shape hide-after\"><\/span>\n            <\/h2>\n        <\/div>\n\n        \n        \t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-11ec2256 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"11ec2256\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>Sous les missiles, elles scannent. Pr\u00e9server les lettres, les cartes postales, les carnets, les costumes, pour \u00e9crire l\u2019histoire de l\u2019Ukraine contre son effacement. Dans un pays o\u00f9 des mus\u00e9es sont d\u00e9truits ou occup\u00e9s, o\u00f9 la guerre a d\u00e9j\u00e0 laiss\u00e9 pr\u00e8s de 80\u202f000 mutil\u00e9s, des images num\u00e9ris\u00e9es offrent un socle. <i>\u00ab\u202fNous devons scanner, scanner, scanner pour sauver ces documents, parce qu\u2019on ne sait pas si demain un missile d\u00e9truira l\u2019archive et ses mat\u00e9riaux\u202f\u00bb, <\/i>explique Oleksandra Buzko. Elles disent\u202f: nous existons. Scanner, dans l\u2019espoir que demain, il reste quelque chose \u00e0 transmettre.<\/p><p><span style=\"font-weight: 400;\">Depuis le d\u00e9but de la guerre, l\u2019\u00e9quipe de l\u2019Institut d\u2019arch\u00e9ologie de l\u2019Acad\u00e9mie des sciences d\u2019Ukraine travaille avec ce qu\u2019elle a. Un g\u00e9n\u00e9rateur pour faire fonctionner les scanners lors des coupures d\u2019\u00e9lectricit\u00e9. Deux convecteurs fournis par une fondation civile pour tenir les journ\u00e9es froides d\u2019octobre et de novembre, quand l\u2019institut n\u2019a pas allum\u00e9 le chauffage. Ces femmes travaillent en manteaux et bonnets. Les financements publics sont engloutis par l\u2019effort de guerre, et l\u2019\u00e9quipe agit \u00ab\u202fen quelque sorte comme des b\u00e9n\u00e9voles\u202f\u00bb pour faire cro\u00eetre sans rel\u00e2che ce projet num\u00e9rique : le <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Digital Memory Storage. <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">Cette biblioth\u00e8que num\u00e9rique grandissante rassemble des milliers de photographies conserv\u00e9es dans l\u2019archive, issues notamment de fonds personnels d\u2019arch\u00e9ologues ukrainiens jamais num\u00e9ris\u00e9s. Certaines images montrent les d\u00e9tails techniques de fouilles arch\u00e9ologiques\u202f; d\u2019autres sont des portraits de villageois ukrainiens, des sc\u00e8nes de rue du XIX\u1d49 et du d\u00e9but du XX\u1d49 si\u00e8cle. On y d\u00e9couvre des paysans qui, sous un costume classique, glissent la vyshyvanka, une chemise traditionnelle ukrainienne.\u00a0 \u00ab\u202fJ\u2019ai 39 ans et ma g\u00e9n\u00e9ration n\u2019\u00e9tait pas vraiment fan de la culture traditionnelle ukrainienne. Pour nous, c\u2019\u00e9tait un peu rural, jamais \u00e0 la mode\u202f\u00bb, confie Buzko. Ces images incarnent une continuit\u00e9 ukrainienne que la propagande russe tente de nier. Vladimir Poutine r\u00e9p\u00e8te que l\u2019Ukraine n\u2019existe pas, que L\u00e9nine l\u2019aurait invent\u00e9e. Ces photographies racontent une soci\u00e9t\u00e9 qui a exist\u00e9, des traditions qui ont surv\u00e9cu, des anc\u00eatres qui ont b\u00e2ti l\u2019Ukraine moderne. Scanner pour combattre l\u2019invisibilisation, garder ces documents, pour ne pas les s\u00e9parer de ceux qu\u2019elles concernent, pr\u00e9server le pass\u00e9 pour ne pas brouiller le futur.\u00a0<\/span><\/p><p><span style=\"font-weight: 400;\">Le projet avait initialement \u00e9merg\u00e9 de la pand\u00e9mie. Buzko et son coll\u00e8gue Volodymyr Mysak avaient eu l\u2019id\u00e9e de rendre accessibles ces collections, jusque-l\u00e0 r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 quelques chercheurs. Mysak, maintenant au combat, continue de donner des conseils r\u00e9guliers, m\u00eame \u00e0 distance. Chaque journ\u00e9e de num\u00e9risation offre l\u2019opportunit\u00e9 de d\u00e9couvrir des documents scientifiques d\u2019une richesse inattendue. Une d\u00e9couverte marquante pour Oleksandra a \u00e9t\u00e9 celle d\u2019un cahier de Vovk. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, un dessin de dolmen, accompagn\u00e9 de notes pr\u00e9cises, a permis de reconstituer une histoire d\u2019exp\u00e9dition. Ce document a donn\u00e9 lieu \u00e0 une conf\u00e9rence publi\u00e9e ensuite dans une revue scientifique. Le cahier de Vovk relate des voyages ethnographiques dans les Balkans et dans le sud-ouest ukrainien, en Dobroudja, d\u00e9taillant paysages, architectures, v\u00eatements et nourriture. Les croquis au crayon et les annotations en fran\u00e7ais et en russe ont permis de reconstituer des exp\u00e9ditions oubli\u00e9es et ont trouv\u00e9 une seconde vie gr\u00e2ce \u00e0 une collaboration scientifique internationale. Cette d\u00e9couverte met en lumi\u00e8re l&#8217;int\u00e9r\u00eat que les collections de l\u2019Institut peuvent susciter tant aupr\u00e8s de la diaspora ukrainienne que de la communaut\u00e9 scientifique internationale.\u00a0<\/span><\/p><p><span style=\"font-weight: 400;\">Bloqu\u00e9e sur la rive gauche du Dnipro, Buzko ne pouvait rejoindre l\u2019Institut au d\u00e9but de la guerre, mais elle a continu\u00e9 \u00e0 coordonner le travail \u00e0 distance, organisant les priorit\u00e9s et choisissant ce qui devait \u00eatre scann\u00e9 en premier. Chaque jour sans num\u00e9risation \u00e9tait un jour o\u00f9 l\u2019histoire pouvait dispara\u00eetre. Le projet a vocation \u00e0 se poursuivre au sein de cet institut, qui abrite plus de soixante-dix collections. Mais, il faut aller vite. Dans certains cas, la rapidit\u00e9 est privil\u00e9gi\u00e9e \u00e0 la qualit\u00e9. Le manque de personnel et la r\u00e9duction des salaires fragilisent l\u2019avenir de l\u2019archive. Les conditions mat\u00e9rielles restent pr\u00e9caires, mais le travail qu\u2019elles accomplissent d\u00e9passe ce que l\u2019on attend habituellement d\u2019un archiviste\u202f: il s\u2019agit de sauver la m\u00e9moire d\u2019un pays entier. Pour Buzko, le projet est personnel et collectif \u00e0 la fois. Partie un temps avec son fils adolescent, elle a choisi de revenir\u202f: \u00ab\u202fMon fils travaille d\u00e9j\u00e0 dans une industrie strat\u00e9gique qui soutient l\u2019arm\u00e9e et moi, je travaille sur ce patrimoine num\u00e9rique. Alors, on a un peu l\u2019impression que c\u2019est notre devoir\u202f\u00bb, confie-t-elle.<\/span><\/p><p><span style=\"font-weight: 400;\">Le <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Digital Memory Storage <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">nous questionne sur la place des archives dans nos soci\u00e9t\u00e9s. Qui d\u00e9cide de ce qui doit \u00eatre pr\u00e9serv\u00e9\u202f? Qui choisit les documents visibles ou invisibles\u202f? Quelle part revient aux institutions et quelle part aux communaut\u00e9s elles-m\u00eames\u202f? Les archives sont des documents vivants : sans elles, on dispara\u00eet. Les archives sont autant de territoires o\u00f9 l\u2019histoire se construit, o\u00f9 la m\u00e9moire collective se manifeste. Chaque document scann\u00e9 devient un acte de visibilit\u00e9. Lettres, carnets, photographies et costumes constituent une r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019effacement de l\u2019histoire ukrainienne. Ils permettent de conserver le fil d\u2019une identit\u00e9 que certains aimeraient an\u00e9antir.\u00a0<\/span><\/p><p><span style=\"font-weight: 400;\">Chaque image scann\u00e9e par ces femmes est une respiration suppl\u00e9mentaire dans ce pays qui lutte. Pour Buzko, la guerre a chang\u00e9 \u00ab le sens m\u00eame de son travail \u00bb. Les archives, dans ce silence, parlent\u202f; elles disent la vie, elles offrent un espoir de continuit\u00e9. Elles disent les gestes des anc\u00eatres, les visages des villages, les rues, les maisons, la terre sur laquelle on veut continuer de marcher. Elles disent\u202f: nous existons, nous vivrons et nous serons vus.<\/span><\/p><p><span style=\"font-weight: 400;\">Sous les missiles, Daryna Romanenko, Halyna Stanycina, Tamara Kucajeva et Oleksandra Buzko scannent. Elles \u00e9crivent l\u2019histoire de l\u2019Ukraine et ce r\u00e9cit, fragile mais vivant, trace le contour d\u2019une m\u00e9moire\u202fqui r\u00e9siste. Une m\u00e9moire qui ne s\u2019effacera pas, malgr\u00e9 tout.<\/span><\/p><p><span style=\"font-weight: 400;\">Sources :\u00a0<\/span><\/p><ol><li style=\"font-weight: 400;\" aria-level=\"1\"><span style=\"font-weight: 400;\">\u00a0Radio Free Europe\/ Radio Liberty :<\/span><a href=\"https:\/\/www.rferl.org\/a\/ukraine-photo-archive-race-to-save-visual-heritage-war\/33493316.html\"> <span style=\"font-weight: 400;\">Under The Missiles: The Women Racing To Save Ukraine&#8217;s Photographic Treasures<\/span><\/a> <span style=\"font-weight: 400;\">&#8211; Amos Chapple<\/span><\/li><li style=\"font-weight: 400;\" aria-level=\"1\"><span style=\"font-weight: 400;\">Digital Memory Storage. Oleksandra Buzko. Interview for CNN Newsroom and Newsroom with Kim Brunhuber :<\/span><a href=\"https:\/\/m.youtube.com\/watch?v=Nv4VnWxrspk\"> <span style=\"font-weight: 400;\">Digital Memory Storage. Oleksandra Buzko. Interview for CNN Newsroom and Newsroom with Kim Brunhuber &#8211; YouTube<\/span><\/a><\/li><li style=\"font-weight: 400;\" aria-level=\"1\"><a href=\"https:\/\/www.researchgate.net\/publication\/383819144_Notfallsicherung_kulturellen_Erbes_in_Kyjiv_oder_wie_ein_paar_Kolleginnen_den_ukrainischen_Kulturschutz_und_Wissenschaftsbetrieb_zu_unterstutzen_versuchten_Ein_Projektbericht\"><span style=\"font-weight: 400;\">Rohde Martin. \u201eNotfallsicherung kulturellen Erbes in Kyjiv\u201c, oder wie ein paar Kolleg*innen den ukrainischen Kulturschutz und Wissenschaftsbetrieb zu unterst\u00fctzen versuchten. Ein Projektbericht \/\/ \u00d6sterreichische Zeitschrift f\u00fcr Volkskunde, 2024<\/span><\/a><span style=\"font-weight: 400;\"> (traduit en anglais)\u00a0<\/span><\/li><\/ol>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 Kyiv, \u00e0 l\u2019archive de l\u2019Institut d\u2019arch\u00e9ologie de l\u2019Acad\u00e9mie nationale des sciences d\u2019Ukraine, Oleksandra Buzko dirige une petite \u00e9quipe de trois femmes. Leur mission consiste \u00e0 mettre en ligne le patrimoine visuel de leur institut, de peur que l\u2019impensable ne survienne. Chaque document num\u00e9ris\u00e9 devient un geste de r\u00e9sistance silencieux. Sous les missiles, elles scannent. Pr\u00e9server les lettres, les cartes postales, les carnets, les costumes,&#8230; <\/p>\n<p class=\"more\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/sous-les-missiles-elles-scannent\/\">Read More<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":47,"featured_media":2256,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[31,40,48],"tags":[],"class_list":["post-2255","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-difficile-espoir","category-politique","category-tous-les-articles","is-cat-link-borders-light is-cat-link-rounded"],"acf":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/files\/2026\/02\/966e1817-4090-4bfa-9917-973472886a14.jpg","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2255","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/wp-json\/wp\/v2\/users\/47"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2255"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2255\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2428,"href":"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2255\/revisions\/2428"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2256"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2255"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2255"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/uejf.org\/tohubohu\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2255"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}